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            « Désirs de Sport » a été créé le 31 mai 2006 dans le cadre de la campagne présidentielle de Ségolène Royal.

            Seul blog politique portant sur le sport, sa sociologie, son économie et les politiques publiques françaises qui lui sont associées, il propose des points de vue et des contributions organisés autour d’une seule problématique : l’obsolescence actuelle du « modèle français » d’organisation et de développement des pratiques sportives.


            L’objectif est de jeter les bases d’une nouvelle gouvernance du sport français.


            A l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin, nous vous proposons un débat participatif structuré à partir des différents textes qui suivent.

            Il vous suffit simplement de réagir aux idées qu’ils proposent et, si vous le souhaitez, de les faire connaître en les diffusant autour de vous.


            Alain LORET                                                                                  Yvon GRAÏC


_________________________________________________________________________________________________________________

QU’ELLE POLITIQUE PUBLIQUE
POUR LE SPORT ? 

 

Samedi 14 mars 2009

http://l.liberation.fr/img/content/lg_libe.gif Alain Loret directeur de la faculté des sciences du sport de Rouen.

La nomination de David Douillet au poste de secrétaire national aux sports de l’UMP a surtout fait réagir les humoristes. A tort, car c’est une vision du sport clairement marquée idéologiquement. Depuis un quart de siècle, en effet, les gouvernements de droite ont promu aux postes de ministres des Sports des sportifs de sexe masculin là où la gauche préférait des femmes n’ayant jamais porté le moindre maillot national. Drut, Lamour, Laporte, bientôt Douillet, d’un côté, Edwige Avice, Dominique Bredin et Marie-George Buffet, de l’autre. Un peu comme si un titre olympique valait brevet de compétence. Nous observerons que face aux médailles qu’alignent les premiers, les secondes opposent deux lois majeures qui structurent toujours le sport français.

Le ticket Laporte-Douillet serait-il la parade trouvée par Nicolas Sarkozy pour construire enfin la politique que le sport français réclame ? Car le Président s’impatiente. N’affirmait-il pas récemment : «J’aurais réussi ce que je veux faire de mon quinquennat si je fais avancer l’idée du sport dans la société.» Sous entendu : nous sommes actuellement loin du compte. L’ancien entraîneur du XV de France vient donc d’engager «une réforme en profondeur du modèle sportif français». Reste qu’il a pris ses fonctions en octobre 2007… A-t-il alors mesuré la nécessité de réformer sans attendre notre modèle d’organisation du sport ? Sans doute pas. Ce n’est en effet qu’aujourd’hui qu’il nous annonce benoîtement que «l’année 2009 sera l’occasion de mener à bien des réformes urgentes (sic)».

Or, Laporte travaille dans un climat devenu délétère. La lettre adressée de manière ostensible à Roselyne Bachelot-Narquin, sa ministre de tutelle, par le président (UMP) du Comité olympique français en atteste. Ce dernier veut attirer «fortement» l’attention de la ministre sur les risques de «rupture» que les décisions du secrétaire d’Etat pourraient entraîner. Un rien menaçant, il poursuit : «Nous souhaitons aussi (vous) prévenir que nous ne saurions rester sans réactions.» On en frémit. Va-t-on voir David Douillet (UMP) défiler de la Bastille à la République ? Car en termes de contestation, il n’est pas un novice. Souvenons-nous de la fronde du «badge des athlètes» qu’il mena lors du prologue parisien des JO de Pékin. Le judoka nous convia alors à une parodie de révolte bâillonnée illico par le Comité international olympique (CIO) qui n’avait manifestement pas la main face au gouvernement chinois. Au demeurant, pouvait-on sérieusement penser que Douillet était en mesure d’incarner une lutte quelconque contre le CIO, fusse pour défendre les droits de l’homme ? Travaillant de toute évidence d’abord à sa promotion personnelle, il sortit rapidement de son rôle de contestataire pour promouvoir celui «d’olympien français historique» médiatiquement façonné à l’aune d’une volonté constante d’apparaître sur tous les écrans disponibles. Le temps de parole télévisuelle considérable qui lui fut donné durant les Jeux aurait pourtant dû le conduire à poursuivre son action. Vite oubliée derrière le paravent des faux-semblants, la pseudo-mobilisation de Douillet pour les droits de l’homme donna le ton d’une campagne olympique française qui, du début à la fin, c’est-à-dire du badge à la parade surréaliste des Champs-Elysées, ne fut qu’un simulacre largement orchestré par David Douillet lui-même.

Plus grave pour l’avenir du sport français, Bernard Laporte a aussi contre lui les fonctionnaires de son ministère. Le Syndicat de l’encadrement de la jeunesse et des sports (SEJS) s’alarme du fait que Eric Woerth lui a attribué un carton rouge pour sa lenteur dans l’application de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Le secrétaire d’Etat fait donc du zèle et va fermer la moitié des établissements régionaux dont il dispose. Il ne se préoccupe pas des conséquences sur les missions historiques de son administration, notamment le service public destiné aux jeunes. Il est vrai qu’entre-temps il a demandé qu’on lui retire la mission «Jeunesse» pourtant liée depuis cinquante ans à l’administration des sports. Initiative étonnante qui s’inscrit dans le projet de construction d’une «administration olympique» à l’horizon des Jeux de 2012.

Reste une question : avec quels moyens. L’enveloppe «sport» du budget du ministère est actuellement de 220 millions d’euros. Soit à peine plus que le chiffre d’affaire de l’Olympique lyonnais (210 millions)… David Douillet devra mouiller le kimono s’il veut sauver le sport français.

Dernier ouvrage paru : le Sport de la République, la France face au défi olympique. Editions du Temps, 2008.

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Publié dans : Dans la Presse - Par Y GRAIC - Recommander
Jeudi 19 février 2009
http://www.paris-normandie.fr/images/backgrounds/v2_logo.jpg

 

Alain Loret est un électron libre dans le monde du sport qui dit ce qu'il pense et pense ce qu'il dit. Le directeur de la faculté des sciences du sport et de l'éducation physique de Rouen n'est pas du genre à ralentir sa course lorsqu'il s'agit d'évoquer le sport d'aujourd'hui et surtout de demain. Avec un constat : « La France régresse au niveau international ».

Entretien. A l'échelle nationale, la faculté de Rouen occupe la première place en termes de résultats sportifs depuis trois ans, comment expliquez-vous cette réussite ?

Alain Loret : « La faculté compte 7.000 personnes et 55 activités différentes. Par ailleurs, l'association sportive s'appuie sur 80 athlètes de haut niveau qui pratiquent dans les disciplines olympiques. Ils nous apportent donc de bons résultats. Il s'agit aussi d'un travail d'équipe récompensé par ce classement dont on ne parle pas assez. »
Comment jugez-vous le sport aujourd'hui ?
« Il se découpe selon moi en deux parties : le sport qui se regarde et le sport qui se pratique. On s'aperçoit qu'il y a aujourd'hui en France 15 millions de licenciés, pratiquants en club et 26 millions de sportifs qui ne sont pas licenciés et qui préfèrent la pratique à la compétition. Il faut donc faire évoluer le service public pour trouver des offres de services qui correspondent aux demandes. C'est difficile aujourd'hui. »
Pourquoi est-ce si difficile ?
« C'est une question d'orientation. Aujourd'hui, on préfère concentrer ses efforts sur le sport qui se regarde plutôt que sur celui qui se pratique. C'est encore plus vrai depuis l'arrivée de Bernard Laporte au gouvernement. Le sport en France est géré, pas managé. Un gérant compte ses sous et ses médailles. Depuis 25 ans, le sport a muté mais cette mutation n'a pas été prise en compte par le mouvement sportif. Il faudrait vraiment entrer dans le sport du XXIe siècle, pas reproduire celui du XXe siècle. Ce ne sera possible que si on réfléchit à deux décennies. Il faudrait mutualiser les moyens aussi car un club qui compte 120 licenciés ne peut pas se permettre d'avoir une grosse structure pour fonctionner. Dans ce cas, l'Etat est seul décideur. »
Comment est-ce possible ?

« Si le mouvement sportif ne se reprend pas en main, rien ne bougera. La réussite du handball français est l'arbre qui cache la forêt car la France régresse au niveau international. En ski, la France est septième nation, ce qui n'est pas terrible pour un pays de ski. On est éliminé de la Fed Cup. Ce décrochage général va s'accentuer. Au JO d'Atlanta (1996), la France avait terminé en 5e position, à Sydney (2000) 6e, à Athènes (2004) 7e et à Pékin 10e. A Londres en 2012, on se battra avec la Biélorussie pour la 11e ou la 12e place ! »
Faut-il tout revoir pour améliorer les performances des sportifs français ?
« En France, le modèle d'organisation date des années 50, il s'appuyait sur ce que faisaient l'Allemagne de l'Est et Cuba. Aujourd'hui, le sport olympique français est militaire. Seuls deux pays fonctionnent de la même manière : Cuba et la Corée du Nord. »
Un changement peut-il intervenir ?

« Il y a une telle langue de bois par rapport aux résultats de l'équipe de France. On l'a bien vu avec les championnats du monde de ski où on était très content d'être deuxième. Bernard Laporte nous laisse croire que même les défaites sont jolies. C'est ce que j'appelle le retour du syndrome Poulidor. »
Le sport va-t-il connaître un big bang ?
« Le big bang est derrière nous. Il a eu lieu il y a vingt-cinq ans avec l'apparition de nouvelles technologies et de nouvelles techniques sportives. Beaucoup de sports sont apparus, de nouvelles marques aussi. Le sport va continuer à évoluer. Il faut désormais réfléchir au sport des années 2030-2040. C'est la problématique aujourd'hui des élus locaux, qui doivent décider de la construction de structures sportives qui doivent rester rentables sportivement alors qu'ils n'ont pas de vision aussi lointaine. Cette évolution pourrait aussi toucher les grands événements comme les jeux Olympiques. A plus ou moins longue échéance et compte tenu de la menace terroriste, on pourrait imaginer des JO virtuels avec une technologie qui existe aujourd'hui au stade de prototype et qui effacerait bon nombre de difficultés. »

Propos recueillis par Richard Avenel
« Le handball est l'arbre qui cache la forêt »
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Mercredi 17 septembre 2008
http://www.humanite.fr/IMG/arton876557.jpghttp://www.humanite.fr/squelettes/icono/grologo.gif le 15 septembre 2008

À l’espace sport, le président de la Fédération française d’athlétisme, Bernard Amsalem, s’est prononcé pour une remise à plat des relations entre l’État et le mouvement sportif.

Tandis que sur l’esplanade herbeuse bordant l’avenue Louis-Aragon des gamins s’initient au saut à la perche, sous le chapiteau de la FSGT, devant un public averti de profs et d’élus, l’universitaire rouennais Alain Loret sort les avirons pour défendre son idée de « privatisation du sport de haut niveau afin de consacrer les moyens de l’État au sport pour tous ». Une proposition qui fait battre, aux autres participants à ce débat sur le sport français, animé par Frédéric Sugnot, de l’Humanité, des records de saut sur chaise. Certes, comme le souligne Lydia Viana-Martins, membre de la direction nationale de la FSGT, « l’État abandonne les clubs et la population et le gouvernement met en danger le sport scolaire ». Les militants du sport travailliste font d’ailleurs signer depuis juillet une pétition protestant contre ce désengagement. Certes, comme l’indique Daniel Gilles, vice-président du conseil régional de Bretagne, le maigre budget (0,28 % du total) que l’État consacre au mouvement sportif est géré par « l’improbable attelage Bachelot-Laporte », et ce sont finalement les collectivités locales qui pour les trois quarts des subventions font vivre le sport dans le pays. Certes, comme y insiste Bernard Amsalem le président de la FFA, « l’État exerce une tutelle tatillonne sur les fédés et l’on va avec la RGPP (révision générale des politiques publiques) vers un possible démantèlement du système sportif ». Mais faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain avant de livrer au privé baignoire et jacuzzi ?

Un constat s’impose : l’organisation du sport en France mise en place au début de la Ve République après l’échec tricolore aux JO de Rome est « obsolète », comme le dit Bernard Amsalem qui dans le même temps s’élève contre « la dictature de la médaille ». Alain Loret, à propos justement des 40 breloques obtenues par les Français à Pékin, s’indigne de l’instrumentalisation de ce record historique par le gouvernement « au détriment de la promotion d’un vrai service public de l’activité sportive ». « D’accord », appuient Bernard Amsalem et Lydia Viana-Martins, qui se prononcent, en conséquence, contre une privatisation du haut niveau, qui laisserait forcément de côté des « petits » sports, et pour une complète remise à plat du système, un « Grenelle du sport » qui prendrait en compte les fantastiques évolutions de la société française vis-à-vis de la pratique sportive. Comme le précise à ce propos Alain Loret, « si 15 millions de Français sont licenciés en club, 25 millions sont des pratiquants - sauvages, exclus du service - public ». Le sport est bien le miroir de la société. Mais, comme le dit en guise de conclusion provisoire Daniel Gilles, « en tant que communiste je ne suis pas pour critiquer le miroir mais pour changer la société ».

Philippe Jérôme

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Vendredi 12 septembre 2008

Une médaille en moyenne depuis trois rendez-vous olympiques : l'athlétisme français déçoit. Et pas seulement le téléspectateur. Sa base, aussi, est désabusée. Resserrer le mode de sélection, obliger l'élite à se rendre aux championnats de France ou à participer aux relais des équipes nationales : les mesures envisagées par la Fédération française d'athlétisme (FFA) font sourire les éducateurs. Pour eux, le diagnostic est bien plus simple : "Il n'y a aucune détection, l'athlétisme n'est plus pratiqué à l'école et la fédération néglige ses clubs", entend-on le plus souvent.


EPS : les heures hebdomadaires d'éducation physique et sportive (EPS) dispenséesà l'école : 4 heures en 6e, 3 heures en 3e et 2 heures au lycée. En théorie, 3 heures par semaine sont dispensées en primaire, mais bien moins dans les faits.

Les heures consacrées à l'athlétisme dépendent du projet d'établissement, mais le nombre d'heures a tendance à diminuer.

En Staps : le temps consacré à l'enseignement de l'athlétisme a été divisé environ par deux en vingt ans. En fonction des options choisies par les étudiants, le volume durant les études varie de 6 à 40 heures.

Licenciés : dans la ligue Nord-Pas-de-Calais, leur nombre est passé de 10 863 en 2000 à 9571 en 2006. Chez les juniors, il a reculé de 576 à 462 .


"Une enquête de la ligue de Bretagne sur 100 benjamins qualifiés aux régionaux de cross avait indiqué qu'il n'en restait que deux dans la catégorie junior", se souvient Serge Leroy, président du Lille-MétropoleAthlé. Quant à la culture relais, elle n'existe plus en France. Dans le Nord - Pas-de-Calais, deuxième ligue française, les meilleurs clubs ne participent plus aux championnats régionaux de relais.

La tâche est rude pour Jean-Claude Bourdon, responsable des jeunes, du monde scolaire et universitaire, à la FFA. Formateur réputé, le Picard fut propulsé à la direction technique nationale (DTN) suite au zéro médaille des Jeux de Sydney en 2000. Dans son collège Jean-Marc-Laurent, à Amiens, il avait révélé 38 champions de France. " A l'époque, on avait l'impression que la fédération estimait pouvoir se passer du monde scolaire", se souvient-il. Huit ans après, le constat demeure le même si l'on questionne les clubs de province. "La fédération se désintéresse de sa base", assène au téléphone Colette Merrien, institutrice retraitée, responsable avec son mari de l'école d'athlétisme de Capbreton, dans les Landes. On entend, derrière elle, des bruits de marteau : "mon mari fabrique du matériel pour transporter des poids et disques".

Roger Merrien a bouclé une carrière de professeur d'EPS au lycée d'Aiguillon, en Lot-et-Garonne. Trois de ses élèves furent champions du monde scolaire. "Ici, nous vivons en autarcie : nous apportons nos cotisations à la "fédé" et n'avons aucun retour en matériel ou idées. Je suis consterné : rien n'existe verticalement entre nous et la fédération."

M. Merrien donne un exemple récent : "J'ai deux jeunes qui partent en sports-études : nous sommes obligés de leur fournir trois perches. Nos finances l'interdisent. Le perchiste Adrien Martin (5,05 m en junior 1) signera donc à Bordeaux. Cela ne me dérange pas, à condition d'avoir un retour. Je pense aux jeunes entraîneurs qui travaillent avec des bouts de ficelle."

A la DTN, les talents de "pépiniéristes" des Merrien ont cependant été repérés. "On nous annonce la venue de M. Bourdon lors de notre stage de formation, du 9 au 14 septembre. Je suis étonné : notre travail est modeste et artisanal !", explique l'éducateur.

Jean-Claude Bourdon rend hommage au couple landais : "Nous allons expérimenter leur action. Je veux créer une sorte de pédiatrie de l'athlétisme. Un outil a déjà été créé à partir de leurs inventions. C'est Cap Athlétisme. Cela fait partie de ce que nous diffusons dans notre nouveau DVD Planète Athlé."

L'idée est de partir à l'encontre de ce qui était fait jusqu'à présent. "En voulant concurrencer les sports qui prennent les enfants jeunes, tels le judo ou la gym, on a eu le tort de miniaturiser l'exercice. Mon combat a été d'adapter au contraire notre sport à l'enfant. On a mis quatre ans pour faire des DVD destinés aux moins de 16 ans, aux moins de 12ans" , précise M. Bourdon.

L'entraîneur national du poids, Michel Tranchant, reste dubitatif. "En France, on aime les colloques et la théorie. C'est bien beau de donner des CD-Rom, ou du matériel. Encore faut-il former les instits à leur utilisation ! De même, on me demande de donner en une seule journée aux entraîneurs de club ce qu'on apprend en vingt ans !, s'emporte M. Tranchant. On a filmé tous les lancers à Pékin mais c'est inutile d'envoyer le CD si on ne va pas cet hiver partout en province analyser ces images avec les coaches. Nous avons 100 cadres techniques en France pour l'athlétisme : lesautres pays nous envient. Mais qu'en fait-on ? On emmène de moins en moins de jeunes en stage."

Pourtant, l'athlétisme est partout au programme : brevet, bac, concours de police, de gardien de prison... "On demande de courir un 1 500 m, mais on ne pratique pas pour autant", regrette M. Bourdon.

Faute de détection, les champions actuels sont souvent venus par hasard à l'athlétisme. Jérôme Baudson, responsable de l'école d'athlétisme de l'US Tourcoing, a débuté à Reims. "J'y ai fait mon service civil avec le futur champion d'Europe du 50 km marche Johann Diniz. Il a découvert sa spécialité parce que nous avions besoin d'un marcheur aux interclubs de moins de 23 ans", raconte-t-il. Hasard aussi pour le champion de France 2008 du 100 m, Martial Mbandjock. Il jouait au basket au collège Saint-Vincent de Loos. Comme il manquait un relayeur pour les interclubs scolaires, son prof et entraîneur de basket le récupéra et remarqua sa vitesse. Il l'envoya alors à l'ASPTT Lille - mais il était déjà junior !

L'équipe Bourdon a donc inventé l'opération "Urbanathlé" : un outil de détection mis en place dans les quartiers peu favorisés, proposant trois épreuves en une heure, avec les cadres techniques régionaux. Une opération de ce genre a testé 2 000 enfants à Lens, à La Gaillette, le centre de formation du club de football du RC Lens. "Cela existe depuis un an, on ne connaît pas encore les résultats, admet M. Bourdon. Nous sommes sans doute en fin de cycle de l'élite française actuelle : il faut repartir de la base. Restera le problème de stratégie et de suivi." Remonter la pente d'ici aux Jeux olympiques de 2012 semble en tout cas un pari difficile.

Geoffroy Deffrennes

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Edition abonnés Archive : "Le Coq" aime moquer les sportifs et la Chine
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- Par Y GRAÏC - Recommander
Lundi 1 septembre 2008

http://medias.lemonde.fr/mmpub/img/lgo/lemonde_moy.gif

A Pékin, les lève-tôt, bien moins nombreux que les noctambules dans le quartier touristique d'Houhai, sont récompensés par un spectacle rassurant sur la solidité de la nature humaine. Tout autour du lac, bars et boîtes de nuit ont fermé, les néons sont éteints et les sonos muettes. A la surface de l'eau glissent des formes rondes, recouvertes de plastique, dessinant autant de sillons dans l'onde opaque. A la naissance du lac, sous un petit pont, de drôles de choses se déversent dans l'eau, sous une épaisse couche de mousse d'une couleur indéfinissable.

A y regarder de plus près, ces formes rondes sont des têtes, coiffées de bonnet en caoutchouc. Un peu plus près encore, et l'on observe qu'elles constituent la partie émergée de corps humains. Chaque matin, été comme hiver, de valeureux Pékinois, hommes et femmes, plongent dans les eaux troubles du lac Houhai pour faire leurs longueurs. Ce sont des habitués, qui discutent sec en s'épongeant. Avant de se sécher, ils observent un précieux rituel, celui du rinçage à l'eau claire, à l'aide de bidons apportés dans leurs affaires.

Il y a quelque chose d'héroïque chez ces mordus de la brasse, mais ils n'ont guère le choix : à Pékin, hormis le somptueux Cube d'eau qui a accueilli les épreuves olympiques de sports aquatiques, les piscines n'ont pas été la priorité des nouveaux bâtisseurs. C'est le paradoxe d'une nation qui vient de battre tous les records en remportant 51 médailles d'or, soit 15 de plus que les Etats-Unis. La Chine fabrique des champions, mais ignore les sportifs.

Du moins était-ce le cas jusqu'à ces Jeux olympiques. Car avant même que Zhang Yimou ait déclenché le feu d'artifice final de sa mise en scène de clôture, les critiques fusaient déjà. Sur les blogs, dans la presse, parmi les experts, le système sportif chinois est ouvertement remis en question.

Ce système consiste à concentrer l'essentiel des efforts sur des athlètes tôt identifiés - dès l'enfance, pour les gymnastes - comme ayant un vrai potentiel de médailles d'or. Enrôlés dans des écoles spécialisées, ils sont coupés des masses, auxquelles leurs prouesses ne profitent guère. Certains, comme Liu Xiang, le champion blessé du 110 m haies, deviennent des idoles nationales, avec sponsors et clubs de fans, mais les hurdlers en herbe n'auront pas pour autant plus de facilités à trouver un stade d'entraînement. D'autres, comme les footballeurs de l'équipe nationale, restent l'éternelle risée de leurs compatriotes, qui n'arrivent pas à comprendre que 1,3 milliard de Chinois ne puissent pas produire un Zidane ou un Ronaldinho.

La logique derrière ce système est apparue aussi clairement aux Chinois qu'au reste du monde : la course aux médailles d'or était politique ; elle devait permettre à la Chine d'affirmer son statut de grande puissance sportive au moment où elle accueillait ces Jeux historiques. Mission accomplie. La Chine est passée de 15 médailles d'or aux JO de Los Angeles en 1984 à 51 à ceux de Pékin, y compris dans des disciplines non traditionnelles pour elle : la voile, l'aviron, la natation, la boxe.

Parfait. Et maintenant, semblent dire les critiques, si l'on pensait un peu à nous ? Sur Internet, les forums de discussion opposent clairement sport de compétition et sport de masse, voire sports récréatifs. Les internautes soulignent l'insuffisance des infrastructures sportives pour le public, font des comparaisons peu flatteuses entre le temps quotidien que les Chinois consacrent au sport et ce qui se pratique dans le monde développé. Le sport, ce n'est pas seulement des médailles d'or, rappellent-ils, c'est aussi le bien-être, l'esprit d'équipe, la santé, le plaisir.

" Plus on gagne de médailles, plus on dépense l'argent du contribuable - qui n'a pas son mot à dire - et plus criantes sont les dettes à l'égard de l'éducation physique et sportive de la société. Quelle fierté y a-t-il à cela ? ", demande un blogueur, Liang Fafu. Autre carence, déplorée dans ces discussions : l'absence d'associations sportives en dehors du dispositif d'Etat, au sein d'une société civile encore balbutiante, qui rend la compétition avec le système tout-Etat impossible. Mais il y a un autre concurrent possible : le marché. Sollicité sur d'autres fronts, notamment sociaux, le gouvernement chinois ne pourra pas continuer à consacrer un budget aussi important à la machine à produire des champions, prédisent certains experts. Il devrait donc ouvrir la porte à différents sponsors, agents, entreprises privées ou associations internationales pour financer l'entretien des stades créés pour les JO et le fonctionnement d'activités sportives. Divers commentaires officiels récents admettent la nécessité d'ouvrir davantage le sport au public.

On attendait l'esprit post-JO sur l'ouverture politique ou sur les droits de l'homme : pour autant qu'on puisse en juger à court terme, il va falloir être patient. Pour les droits du sportif, en revanche, cela ira peut-être plus vite. Il faut un début à tout.

Sylvie Kauffmann

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Samedi 16 août 2008

http://www.tns-sofres.com/thumbs/144_sport.jpgLes Enjeux du Quotidien sont une série d'études traitant de sujets se situant au coeur de l'actualité et des préoccupations quotidiennes des Français. Ce 4e volet de la saison 2008 porte sur les Français et le sport. Sportifs contre non-sportifs : un match très serré, un peu plus d'un Français sur 2 (54%) déclarant pratiquer un sport, contre 46% ; faire du sport : une question de plaisir et d'hygiène ; les Français plébiscitent de la Coupe du Monde de Football et des Jeux Olympiques parmi leurs événements sportifs préférés.
(Étude réalisée pour l'EPIQ)


Le 5 août 2008 - Les Enjeux du Quotidien réalisés par TNS Sofres pour l'EPIQ, sont une série d'études traitant de sujets se situant au cœur de l'actualité et des préoccupations quotidiennes des Français. Ce quatrième volet de la saison 2008 porte sur les Français et le sport. Il est publié dans les titres de Presse Quotidienne Nationale, Régionale, Urbaine Gratuite et la Presse Hebdomadaire Régionale. Principaux enseignements de cette édition : sportifs contre non-sportifs : un match très serré, un peu plus d'un Français sur 2 (54%) déclarant pratiquer un sport, contre 46% ; faire du sport : une question de plaisir et d’hygiène ; les Français plébiscitent de la Coupe du Monde de Football et des Jeux Olympiques parmi leurs événements sportifs préférés ; enfin focus sur les "cartons rouges" des Français.

Sportifs contre non-sportifs : un match très serré

Plus d’un Français sur deux (54%) déclare pratiquer un sport : 10% de manière occasionnelle et 44% de manière régulière (dont 5% tous les jours, 17% une fois par semaine et 22% plusieurs fois par semaine).

La pratique régulière d’un sport est par ailleurs fortement liée à l’âge : 64% des 15-24 ans pratiquent un sport de façon régulière (dont 35% plusieurs fois par semaine). Si plus des deux tiers des 75 ans (67%) déclarent ne jamais faire de sport (pour 46% de l’ensemble des Français), ce sont en revanche eux qui présentent la plus grande part de sportifs quotidiens (9% pour une moyenne nationale de 5%).

Les régions sont également source de disparités : ainsi la Franche-Comté, l’Alsace et la région Midi-Pyrénées apparaissent comme les régions les plus sportives (respectivement 63%, 62% et 62% de sportifs réguliers ou occasionnels). A contrario, la Lorraine et la Picardie font figure de lanterne rouge (respectivement 45% et 44%).

Enfin, la profession des interviewés est également une variable clivante : les professions intermédiaires (64%) de même que les cadres et professions intellectuelles (61%) font plus de sport de manière régulière ou occasionnelle que l’ensemble de la population (54%).

Faire du sport : une question de plaisir et d’hygiène

Interrogés sur les raisons qui les motivent à faire du sport, les Français sont 42% à déclarer en faire pour le plaisir, 41% pour être en bonne santé (pour 59% des plus de 60 ans) et 40% pour se détendre / éliminer son stress, en particulier les 25-49 ans (49%), les cadres et les ouvriers (52%). Dans une moindre mesure, les Français disent faire du sport pour entretenir leur physique, leur apparence (29%), par passion (18%) ou pour la convivialité (18%).

Concernant les valeurs que les Français associent au sport en général, ce sont l’hygiène (37% ), le sens de l’effort (35%) et le respect de l’autre (35%) qui ressortent le plus, suivies par le sens du collectif (30%), le dépassement de soi (25%), le respect des règles (18%) et la performance (14%).

Les 15-24 ans se démarquent du reste de la population en choisissant d’abord le sens du collectif (39%) et en dernier l’hygiène (15%).

Les événement sportifs les plus intéressants pour les Français :
la Coupe du Monde de football et des Jeux olympiques

A choisir parmi une liste de 9 grands événements sportifs, la majorité des Français plébiscite la Coupe du monde de football (35%) et les Jeux Olympiques (34%). Viennent ensuite le tournoi de Roland Garros (23%), le Tour de France (21%), la Coupe du monde de rugby (20%), le championnat de France de Ligue 1 (15%), le championnat du monde de Formule 1 (14%) et le Tournoi des six nations (12%). Les courses océaniques à la voile ferment la marche avec 9% d’intérêt (19% des Bretons).

Il existe des différences notables entre hommes et femmes : ces dernières préfèrent largement les Jeux Olympiques (41%), alors que les hommes préfèrent la Coupe du Monde de football (40%).

Concernant les événements footballistiques (choisis par 43% des Français au total), deux régions se distinguent particulièrement : le Nord-Pas-de-Calais (59%) et la Lorraine (54%). De même, les ouvriers sont les premiers à s’y intéresser (56%). L’intérêt pour le football croît à mesure que la famille grandit : de 31% pour les individus vivant seul à 58% pour les individus vivant dans un foyer de cinq membres ou plus.

A l’image des autres événements sportifs, l’intérêt pour les Jeux Olympiques varie entre les catégories socioprofessionnelles : 18% des artisans, commerçants et chefs d’entreprise choisissent les Jeux Olympiques, 45% parmi des professions intermédiaires. Pour le rugby, alors que 10% seulement des Lorrains choisissent la Coupe du Monde, 36% des habitants de Midi-Pyrénées et du Limousin font ce choix. Au total, c’est près d’un habitant sur deux de la région Midi-Pyrénées qui se déclare intéressé par les événements de rugby (Tournoi des six nations et Coupe du Monde de rugby).

Les cartons rouges des Français

A la question de ce qui nuit le plus à l’image du sport aujourd’hui, plus de la moitié des Français (64%) regrette la place excessive de l’argent. Viennent ensuite la violence physique et verbale des supporters (56%) puis le dopage (54%). Enfin, la recherche du record à tout prix (13%) et la récupération politique qui peut en être faite (10%) ne sont citées que marginalement. Les jeunes sont en premier lieu sensibles à la violence physique et verbale des supporters puisque 65% d’entre eux estiment que c’est ce qui nuit le plus à l’image du sport.

Brice Teinturier


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Lundi 11 août 2008

LeMonde.fr Article paru dans l'édition du 08.08.08

Discordances entre l'ancien secrétaire d'Etat aux sports et l'actuel titulaire du poste

Roger Bambuck, 62 ans, a été secrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports entre 1988 et 1991. Il a détenu le record du monde du 100 m pendant une heure en 1968 et celui de France pendant vingt ans. Il est aujourd'hui inspecteur général de l'éducation nationale.


En tant qu'ancien ministre des sports et ancien athlète, quel regard portez-vous sur les Jeux qui s'ouvrent ? Les Jeux de Pékin symboliseront à la fois le triomphe de la naïveté - les dirigeants du Comité international olympique (CIO) ont cru un moment que les Chinois adhéreraient à la cause humaniste et universelle qu'ils présentaient -, et du cynisme - pour ces mêmes dirigeants, la Chine n'est rien d'autre qu'un espace à conquérir. C'est un tournant négatif car les Chinois n'ont pas respecté l'engagement pris en faveur de l'adoption d'un standard de liberté européen. Ces Jeux vont confirmer le virage pris par les JO en 1980 lorsque Juan Antonio Samaranch, alors président du CIO, avait décidé pour donner du lustre à la compétition d'accepter « les meilleurs athlètes du monde », c'est-à-dire des professionnels. A partir de là, il a fallu composer avec l'idéal olympique d'amateurisme : celui qui aime et qui s'aligne bénévolement.

Finaliste du 100 et 200 m aux JO de Mexico, en 1968, vous aviez été témoin du geste des Américains Tommie Smith et John Carlos, le poing ganté de noir, sur le podium du 200 m, pour dénoncer la condition des Noirs aux Etats-Unis. Vous attendez-vous à de telles manifestations d'athlètes durant ces Jeux ?

Non, car les circonstances ne sont pas les mêmes. En 1968, il s'agissait d'un combat pour une humanité, pour des histoires connues. Aujourd'hui, la mobilisation est dispersée, les sujets sont divers. De plus, le pouvoir économique est plus attentif. Toutes les nations veulent tant faire plaisir aux Chinois qu'elles font surveiller leurs athlètes avec soin.

Ne demande-t-on pas beaucoup aux athlètes en matière de prise de position ?

Je ne leur demande que d'avoir les yeux ouverts. Qu'ils aillent à Pékin mais en sachant où ils mettent les pieds. Qu'ils soient conscients, entre autre, que ceux qui seront dans les stades pour les applaudir ne seront pas des Chinois moyens, vu les prix exorbitants des billets. Et qu'ils ne rabâchent pas que le sport n'est pas politique. Le sport est éminemment politique car il est un choix de liberté et de comportement. Il s'est longtemps développé dans une bulle dans laquelle il ne fallait pas penser, mais ce fonctionnement n'est plus valable.

Vous ne vous rendrez donc pas à Pékin ?

Sûrement pas. Aucune invitation ne m'a d'ailleurs été faite. Mon boycott des Jeux de Pékin sera moral. Pour la première fois, je n'en regarderai rien à la télévision. Si la télé voulait jouer un rôle intelligent, elle rediffuserait, à la place, de bons moments des Jeux de Londres, Melbourne ou Mexico.

Nicolas Sarkozy, lui, assistera à la cérémonie d'ouverture des Jeux, vendredi...

C'est un manque de vision. Début mai, Ségolène Royal avait appelé au boycott des JO pour forcer la Chine à revoir sa position au Darfour. Nicolas Sarkozy l'a renvoyée dans ses cordes en arguant qu'on ne mélangeait pas sport et politique. Il fallait lancer une réflexion et bâtir une stratégie sur l'attitude à adopter. Au lieu de quoi, on a clos le sujet et il n'y a plus eu d'autre solution pour le président que de se rendre à Pékin pour avaler un boa. Et ça ne nous fera pas faire davantage d'affaires avec les Chinois.

Propos recueillis par Patricia Jolly
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Vendredi 8 août 2008

Edito : Nicolas Sarkozy doit-il aller à Pékin ?

Lorsque Mme Rama Yade affirma dans Le Monde du 6 avril dernier que les Jeux olympiques « portent en eux des valeurs universelles », elle reprit une idée véhiculée par le Comité International Oympique (CIO) depuis un siècle.

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Publié dans : Contribution au débat - Par yg - Recommander
Vendredi 8 août 2008

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De 33 à 40 médailles : c'est la mission fixée aux sportifs français présents aux JO de Pékin par Roselyne Bachelot, ministre chargée des Sports. Cet objectif est-il réalisable ? A la veille de l'ouverture des Jeux, le 8 août, en Chine, les acteurs du monde sportif l'affirment : pour maintenir son rang, le sport français a besoin de réformes.

La France est-elle une grande nation olympique ? En 2004, à Athènes, avec 33 médailles (dont 11 en or), nos athlètes se classaient au 7e rang des 201 pays participants. Ce résultat nous place parmi les grands pays sportifs. Loin derrière les géants (Etats-Unis, Russie et Chine), mais juste après l'Allemagne, premier pays européen. Sociologue du sport au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), Patrick Mignon reconnaît la performance, mais reste dubitatif : « Au nombre de médailles, nous jouons encore dans la cour des grands... Mais si le sport français sauve souvent l'honneur grâce à des disciplines comme l'escrime, le judo, le cyclisme, le tir à la carabine, le tir à l'arc, l'aviron, le canoë-kayak ou la voile, il obtient rarement des médailles dans des spécialités universelles, comme l'athlétisme ou les sports collectifs. »

Des propos que confirme l'analyse des olympiades précédentes. A Athènes, en 2004, escrimeurs, judokas et cyclistes français avaient décroché le tiers de nos médailles. Peu ont été décrochées en athlétisme. Dans cette discipline considérée comme le premier des sports olympiques, la France brille par sa faiblesse. Seulement deux médailles de bronze et d'argent remportées à Athènes, et aucune quatre ans auparavant à Sydney. Et ce n'est pas à Pékin que la France rectifiera le tir, confirme Bernard Amsalem, président de la fédération française d’athlétisme.

« Nos structures sont devenues obsolètes »

L'une des raisons que Bernard Ansalem invoque pour justifier la pauvreté des résultats est d'ordre social : « A une époque dominée par le loisir, l'athlétisme est une discipline trop rigoureuse pour attirer la jeunesse. Après les championnats du monde de Paris en 2003, un grand nombre de jeunes s'étaient inscrits dans les clubs, mais devant la rigueur des entraînements, beaucoup ont abandonné. » Le sociologue Patrick Mignon regrette quant à lui l'absence d'un véritable travail d'équipe au sein de l'encadrement fédéral : « Les entraîneurs d'athlétisme jouent leur carte personnelle. Ils tentent de se valoriser avec les performances de leurs athlètes. Les jalousies empoisonnent le milieu. »

Bernard Amsalem reconnaît que les résultats pâtissent des ego. Par ailleurs, il souligne la disparité entre « des athlètes, devenus en dix ans de vrais professionnels et les entraîneurs nationaux, restés des fonctionnaires ». Des sportifs qui, lors des meetings, touchent des primes substantielles et choisissent souvent de suivre les conseils d'un « coach » privé plutôt que ceux d'un entraîneur fédéral. La solution pour mettre fin à ce conflit paralysant ? « La création d'un vrai statut de l'entraîneur professionnel en France, rétorque Bernard Amsalem. Nos structures sont devenues obsolètes. »

Etat vs. Mécénat ?

Auteur de l'ouvrage Le sport de la République (Ed. du Temps), Alain Loret, doyen de l'université du sport de Rouen (Seine-Maritime), enfonce le clou : " A Pékin, l'objectif de 40 médailles sera très difficile à atteindre. Depuis Los Angeles, en 1984, le mouvement olympique se transforme : alors que nous constatons un désengagement grandissant des Etats, la France du sport hésite encore à 'se privatiser'."

Pourquoi ? C'est du côté des administrations que les réticences sont les plus fortes. La communiste Marie-George Buffet, ministre des Sports de 1997 à 2002, craint qu'un « retrait de l'Etat n'aboutisse à des abus regrettables ». Elle réfute « un sport où la performance l'emporterait sur la morale et où le sport d'élite prendrait le pas sur le sport éducatif dispensé dans les clubs et les écoles ». L'argent roi en somme, comme aux JO d'Atlanta en 1996, qui furent avant tout ceux de Coca-Cola. Son successeur au ministère, le chiraquien Jean-François Lamour (double champion olympique et ministre des Sports de 2002 à 2007) est sur la même longueur d'onde. Pour lui, « un contrôle de l'Etat permet de limiter les excès, notamment en matière de dopage ».

« Ce sont des craintes légitimes, admet Alain Loret, mais ces changements peuvent s'accompagner d'un contrôle raisonnable de l'Etat pour éviter les dérives. » Un maintien des « responsabilités de la République » que Bernard Amsalem ne refuse pas, tout en appelant de ses vœux « une autonomie véritable pour le mouvement sportif français (comité olympique et fédérations) et un appel aux structures de mécénat privées pour plus d'efficacité. » Beaucoup dénoncent déjà une récupération, une manière de mettre l'image d'un champion au service de la notoriété d'une marque. Alain Loret rétorque : « Quoiqu'il en soit, il faut que ça change, les pouvoirs publics n'ont plus d'argent à investir dans le sport. A Pékin, on peut encore sauver la face, mais si les responsables du sport français ne réfléchissent pas à l'avenir, on court à la catastrophe aux JO de Londres en 2012. »


Luc Balbont (crédit photo : agence Uma)
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Vendredi 8 août 2008

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ALAIN LORET

En matière de gestion de carrière de ses athlètes, la France est une curiosité car elle demeure le seul pays à avoir « nationalisé » l'olympisme. Le mariage du sport et de l'Etat remonte à l'origine de la Ve République. On feint de l'oublier, mais ce fut un mariage forcé. En effet, lorsque le général de Gaulle décida de créer une « administration olympique », les fédérations se trouvèrent privées d'indépendance. Les structures étaient extrêmement hiérarchiques car le projet fut calqué sur celui des pays de... l'ex-bloc communiste. L'Allemagne de l'Est et l'URSS développaient déjà une communication d'Etat reposant sur les résultats internationaux de leurs athlètes d'élite. De manière identique, de façon à accompagner cette vision très gaullienne de la grandeur nationale, le sport fut instrumentalisé. Pour comprendre, il faut se souvenir que le développement de la télévision engendra très vite une industrie mondiale de l'image sportive. C'est elle qui permit aux JO d'accéder au statut d'événement international majeur. S'agissant de promouvoir à travers le monde l'image d'une nation moderne, il était indispensable de démontrer qu'elle était aussi capable de s'imposer dans le domaine du sport. Les athlètes furent donc sommés d'apporter leur contribution à une sorte de métaphore de la « France qui gagne », associant dans la même foulée les réussites industrielles, les succès économiques et les victoires olympiques.

On comprend mieux pourquoi, après avoir bataillé ferme pour obtenir les JO de Grenoble en 1968, le gouvernement Pompidou exploita jusqu'à la corde les trois médailles d'or de Jean-Claude Killy. Promu illico ambassadeur de la nouvelle identité française, le skieur devint une icône internationale. Son image du Frenchie conquérant fut artificiellement associée au paquebot « France », au Concorde ainsi qu'au nucléaire civil et militaire, pour contribuer au grand dessein gaullien de valorisation de l'identité française.

Reste qu'une erreur stratégique fut alors commise et que certains athlètes comme Laure Manaudou en payent aujourd'hui le prix. L'Etat estima à tort qu'en matière de victoires olympiques il suffisait de les vouloir politiquement pour les obtenir sportivement. Comme si la conquête des podiums pouvait se décréter. On s'en doute, cette détermination de la puissance publique se heurta vite au principe de réalité. La glorieuse incertitude du sport ne put jamais être asservie aux objectifs du pouvoir, fut-ce par la volonté du Général. Nonobstant, l'Etat s'obstina. Semble-t-il fasciné par le modèle soviétique, il entreprit lui aussi d'enrôler ses athlètes dans l'armée pour leur assurer une solde et la disponibilité indispensable à l'entraînement. Un sport olympique d'Etat à caractère militaire était né. Beaucoup seront surpris d'apprendre qu'il perdure.

Personne ne s'y risque, mais il serait pourtant piquant de quantifier nos médailles susceptibles d'être inscrites au tableau des « victoires militaires ». Cela montrerait que le ministère des Sports n'est pas à l'origine de tous nos succès olympiques. Un exemple ? La quasi-totalité des médailles des JO d'hiver de Turin (2006) furent conquises par les sergents Bailly, Poiré, Defrasne, Vittoz, par le caporal-chef Baverel-Robert et par la soldate de 1re classe Peretto. Conscient du caractère insolite de la situation, l'administration ne mentionne jamais le fait que nombre de sportifs de haut niveau bénéficient du statut d'engagés volontaires de l'armée de terre (Evat). Une situation franchement désuète dans une économie olympique qui généra 5 milliards de dollars de retombées financières lors de la dernière olympiade.

Confit dans des certitudes dépassées en matière de développement économique du sport, l'Etat bride considérablement le Comité olympique français. Ce dernier ne possède qu'un service marketing embryonnaire et, placé sous une stricte tutelle administrative, son indépendance financière est inexistante. Bien plus : aucune formation à la gestion n'est proposée aux dirigeants sportifs. Nicolas Sarkozy a promis d'y remédier en créant une Ecole supérieure de management du sport. Quant à la carrière militaire de certains athlètes de très haut niveau, la situation confine au baroque. Ainsi, nous apprenions récemment que le meilleur nageur du monde, le Français Alain Bernard, venait d'être « affecté » (sic) au Groupement blindé de la gendarmerie mobile. Il s'agit d'une solution d'un autre temps. Si elle sied à l'administration, elle est peu conforme aux possibilités de valorisation de l'image des athlètes offertes par l'économie olympique. Certes, un changement de perspective s'est amorcé avec le Team Lagardère mais il reste que, face aux frasques de certaines (Pérec, Manaudou), une « caporalisation » du sport français semble de nouveau prévaloir. Une reprise en main qui fut illustrée récemment par la publication d'une bien surprenante photo. Personne n'imaginait voir un jour Alain Bernard en uniforme dans « L'Equipe » ; c'est pourtant ce qui lui fut infligé par son nouvel « équipementier ». Sans doute faut-il traduire cela comme un signal fort destiné à montrer que ses futures médailles seront toutes « certifiées d'Etat ». On doit probablement s'en inquiéter.

La situation très ambiguë de Laure Manaudou illustre les difficultés d'un sport français confronté aux transformations économiques de son environnement. Longtemps engagée avec succès, sous la férule de Philippe Lucas, dans une organisation privée, elle a toujours été en délicatesse avec le service public d'optimisation de la performance. Le semblant d'équilibre qu'elle a trouvé est d'abord lié au soutien de François Pinault, qui lui a permis d'éviter le caractère grotesque d'une condition d'enrôlée militaire. Elle ne doit rien à l'Etat. Reste qu'en étant obligée de rallier récemment une structure fédérale pour préparer les Jeux, elle s'est placée en situation de dépendance. On se souviendra que cette « double contrainte » fut fatale à Marie-Jo Pérec à Sydney. Il faut bien l'admettre, la nageuse est confrontée à la sophistication du modèle économique sur lequel repose aujourd'hui la réussite olympique. Or elle semble bien isolée et sans doute mal conseillée. Là où l'Etat sut valoriser politiquement l'image de Jean-Claude Killy, l'administration ne peut promouvoir économiquement l'image de Laure Manaudou. Et pour cause : ce n'est ni son rôle ni son « métier ». Il s'agit de mesurer ce différentiel de compétences pour engager les profondes réformes qui permettront au sport français d'entrer enfin dans le XXIe siècle pour préparer sereinement les Jeux de 2012.

ALAIN LORET  directeur de la faculté des sciences du sport de l'université de Rouen.
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