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            « Désirs de Sport » a été créé le 31 mai 2006 dans le cadre de la campagne présidentielle de Ségolène Royal.

            Seul blog politique portant sur le sport, sa sociologie, son économie et les politiques publiques françaises qui lui sont associées, il propose des points de vue et des contributions organisés autour d’une seule problématique : l’obsolescence actuelle du « modèle français » d’organisation et de développement des pratiques sportives.


            L’objectif est de jeter les bases d’une nouvelle gouvernance du sport français.


      Nous vous proposons un débat participatif structuré à partir des différents textes qui suivent.

      Il vous suffit simplement de réagir aux idées qu’ils proposent et, si vous le souhaitez, de les faire connaître en les diffusant autour de vous.


            Alain LORET                                                                                  Yvon GRAÏC


_________________________________________________________________________________________________________________

QU’ELLE POLITIQUE PUBLIQUE
POUR LE SPORT ? 

 

Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 13:21

Point de vue | LEMONDE |

 

par Alain Loret, directeur de la faculté des sciences du sport de l'université de Rouen

   

Le monde du sport est double. Il se présente comme les deux faces d'une même médaille. D'un côté, les valeurs olympiques, qui ne cessent d'affirmer depuis Coubertin que le sport est vertueux. De l'autre, les valeurs financières des contrats mirifiques que signe une élite sportive fortunée et dont on sait qu'elle n'est guère vertueuse.

En travaillant sur le terme shadow banking (la "banque de l'ombre"), qui permit de rassembler en une seule expression des dérives systémiques liées aux subprimes, nous avons proposé de qualifier de shadow sporting cette face obscure de l'activité économique issue du sport. C'est un véritable baril de poudre. Il a pour nom : dopage, fraude, corruption, blanchiment, détection trop précoce, surentraînement, instrumentalisation des corps. Il se traduit par des carrières gâchées, des réputations entachées, des athlètes vieillis avant l'âge, des déficits comptables invraisemblables.

Le shadow sporting avance masqué. Contre toutes les évidences, il se renforce à l'ombre portée des symboles olympiques qu'il exploite sans vergogne. Au prétexte qu'ils véhiculeraient des valeurs positives : l'éducation, l'intégration, la santé, l'effort gratuit, le fair-play, il s'en délecte et regorge ainsi de bons sentiments. Cette attitude est aujourd'hui devenue une véritable posture. Une position de principe inscrite dans l'ADN du sport business.

Elle conduit les acteurs du shadow sporting à produire des éléments de langage qui sont en permanence des dénis de réalité. Cela est devenu tellement habituel que plus personne ne relève la rupture entre le réel, le patent, l'évident et le commentaire qu'ils en font. S'est ainsi instauré un discours qui constitue un double langage quasi, institutionnel.

De ce point de vue, le Tour de France 2011 ne déroge pas à la règle. A peine avait-il débuté qu'il multipliait dès le premier jour les dénis de réalité. Qu'on en juge.

Alors que la presse s'interroge sur l'avenir judiciaire d'Alberto Contador, la caravane part. Alors que la ministre des sports, Chantal Jouanno, considère comme "gênante" sa participation, elle la cautionne par sa seule présence au départ de la première étape. Gageons que, quoi qu'il arrive - même l'inacceptable -, elle sera à l'arrivée sur les Champs-Elysées. Alors que les gendarmes ont intercepté le car de l'équipe Quick-Step à des fins de fouilles approfondies, son directeur sportif considère qu'il "s'agit d'un contrôle de routine ".

http://www.ouest-france.fr/photos/2011/07/02/110702130719718_22_000_apx_470_.jpg

Explications alambiquées

Reste que c'est la première fois que les forces de l'ordre procèdent ainsi et prennent soin de médiatiser une opération menée en mode commando. Alors que des produits dopants très sophistiqués - devant être réceptionnés par le chauffeur de l'équipe Omega Pharma-Loto - furent interceptés par les douaniers belges, celui-ci affirma qu'ils étaient destinés à son usage personnel.

Malgré une remarquable similitude avec l'origine de l'affaire Festina en 1998, l'équipe prit le départ comme si de rien n'était. Il y a fort à parier que cette 98e édition nous réservera bien d'autres cas de décalage entre le réel et ces explications alambiquées dont la seule raison d'être est la préservation des intérêts de certains acteurs du shadow sporting.

Ce type de comportements serait qualifié de non-éthique dans n'importe quel autre milieu et sanctionné illico. Pas dans le sport, la récente affaire des quotas du football en est la preuve. Dès lors, plus personne ne s'émeut de l'expansion de ce code implicite qui permet de plier la réalité à l'aune d'intérêts économiques bien compris.

Pour autant, malgré une maîtrise réelle de la langue de bois par le milieu du cyclisme, il arrive que des coureurs se mélangent les pédales révélant ainsi certains arcanes insoupçonnés. Souvenons-nous de la phrase fameuse prononcée en 1998 par Richard Virenque au plus fort de l'affaire Festina.

Perdu, ne sachant plus où se situait la vérité, incapable d'identifier le comportement approprié, abandonné de tous, Virenque exploita un registre narratif que d'aucuns s'empressèrent de ridiculiser. Ils eurent tort, car il était révélateur. Impuissant devant les questions des journalistes parce que les réponses n'existaient pas, acculé, tout compte fait, le coureur expliqua que s'il s'était dopé c'était "à l'insu de son plein gré".

Virenque voulut signifier qu'il n'était pas coupable, plus exactement qu'il n'y avait pas de coupable... à l'exception d'un système qui oblige les acteurs à agir contre leur gré. Reste qu'ils le font aussi dans leur intérêt. La situation est donc complexe, qui résulte d'une double contrainte : comment agir contre son gré mais dans son intérêt. Dans l'affaire Festina, les patrons du Tour ne furent pas inquiétés. Les coureurs, par contre, ne franchirent jamais la ligne d'arrivée.

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Publié dans : Libre expréssion - Par Y GRAIC
Mercredi 11 mai 2011 3 11 /05 /Mai /2011 16:57

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LEMONDE.FR | 11.05.11

 

   

Marcel Mauss avait déjà mentionné que le sport est un "fait social total". Autrement dit, qu'il est un fait de société mais que dans le même temps il fait société. Qu'on le veuille ou non, cela signifie qu'il condense des stigmates sociétaux (racisme, violence, corruption, fraude…) mais que dans la même foulée il serait éducatif car il véhiculerait des valeurs humanistes (égalité, fraternité, respect de l'autre et des règles communes…). Le discours officiel sur le sport ne retient bien entendu depuis Coubertin que la seconde version, celle d'un sport facteur d'intégration sociale. Pour les tenants du sport éducatif le mot "sport" serait donc monosémique. Or, en réalité il est polysémique, c'est-à-dire qu'il présente plusieurs sens différents. Pour aller au plus simple, nous proposerons ici de distinguer entre le sport qui se pratique (le sport pour tous) et le sport qui se regarde (l'économie du sport). Nous observerons que cette distinction conduit à un étonnant corolaire : pour les sociologues le sport apparaît comme un paradoxe au point qu'ils peinent à le définir avec précision.

Reste qu'en France l'ambiguïté n'est pas de mise. La loi dispose que le sport est un service public. La loi du 6 juillet 2000 affirme (Art.1) : "Les activités physiques et sportives constituent un élément important de l'éducation, de la culture, de l'intégration et de la vie sociale. Elles contribuent également à la santé. Leur promotion et leur développement sont d'intérêt général." On ne peut être plus clair : dans notre pays le sport est d'utilité publique et son développement s'inscrit dans les fonctions régaliennes de l'Etat. A ce titre, ce dernier doit le promouvoir et l'organiser de façon à permettre l'accès de tous à la pratique. Cela quel que soit le niveau : du simple match du weekend à la Coupe du monde. Aucune entrave ne doit pouvoir opérer qui limiterait l'expression des potentialités sportives de chaque citoyen. Cette idée ne date pas d'aujourd'hui. Déjà, dans Le Monde du 18 mai 1963 Maurice Herzog, l'emblématique secrétaire d'Etat aux sport du général de Gaulle, affirmait : "Le sport doit être considéré comme un service public."

Le problème est que depuis un demi-siècle l'Etat français n'a jamais eu les moyens de ses ambitions sportives. Il a donc construit un étonnant dispositif institutionnel d'une complexité extrême en déléguant aux fédérations sportives une mission de service public. Sur ce point aucune équivoque n'est permise. Le pacte sportif républicain garantit le fait que "les fédérations sportives agréées participent à la mise en œuvre des missions de service public relatives au développement et à la démocratisation des activités physiques et sportives" (Loi du 6 juillet 2000, Art.1). Dès lors, aucune discrimination ne doit exister qui limiteraient l'accès à la pratique sportive… à quelques niveaux que ce soit.

Au-delà de toutes polémiques, c'est d'abord à cette aune qu'il faut analyser l'affaire des quotas dans la formation et la sélection de l'élite des joueurs de football français. Selon Médiapart (30 avril), Laurent Blanc aurait affirmé, parlant des qualités physiques des joueurs : "Je crois qu'il faut recentrer, surtout pour des garçons de 13-14 ans, 12-13 ans, avoir d'autres critères, modifiés avec notre propre culture." Il parlait là, sans aucun doute, de "critères" physiques représentant des qualités strictement footballistiques qui furent l'alpha et l'oméga de la Direction technique nationale (DTN) depuis la victoire lors de la Coupe du monde de 1998 : à savoir des joueurs "grands, costauds, puissants" selon les termes qu'il employa. A ce niveau du débat, il restait dans son rôle de sélectionneur et rien ne pouvait lui être reproché.

Le problème et la polémique sont nés du fait que le sélectionneur national a construit sa phrase sur une interrogation : "Qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ?" et que, selon Médiapart, il a lui-même répondu : "Les blacks". S'il est particulièrement délicat de l'accuser de racisme sur cette simple réponse dont il ne mesurait sans doute pas toute la portée au moment où il la formula, par contre il est possible de lui faire observer que ce faisant il sortait tout simplement du pacte sportif républicain et donc de la mission de service public de la FFF. Ce qui au demeurant est moins grave mais indique à quel point les instances supérieures du football français ne sont pas conscientes de leur rôle d'utilité publique.

En effet, il sous-entend tous simplement qu'il faudrait dorénavant exclure potentiellement une catégorie très précise de la population française du dispositif d'accès à l'élite tricolore. Ce qui à l'évidence est hors-la-loi. Reste qu'une question se pose : Laurent Blanc était-il conscient qu'en formulant sa proposition d'exclusion il rendait illico impossible la mission éducative des clubs ? Leur devoir de service public s'inscrit en effet dans un contexte déjà difficile au sein duquel les solidarités sociales se délitent dangereusement à l'ombre portée d'un communautarisme devenu ordinaire. Affirmer officiellement qu'un quota "black" devra être tenu par les éducateurs conduirait à l'évidence à renforcer cette dérive et à rendre impossible tous dispositifs éducatifs reposant sur du foot. La proposition du sélectionneur revenait donc à considérer que le rôle de la FFF ne s'inscrivait plus dans la problématique du sport pour tous.

En réalité, au cours de cette funeste réunion, Laurent Blanc n'était tout simplement pas dans son rôle. Il est payé pour faire de l'audimat, pas pour faire du social. Sa réussite professionnelle passe par des victoires internationales. Or, aujourd'hui le business modèle du foot mondial repose sur un idéaltype : l'équipe d'Espagne et des joueurs comme Messi, c'est-à-dire petits, vifs et habiles et non pas grands, costauds et puissants. Il faudrait donc sans tarder revoir les fondamentaux techniques et tactiques de l'équipe de France. La difficulté pour Laurent Blanc comme pour la majorité des observateurs qui sont enclins comme moi à lui laisser le bénéfice du doute est qu'il ajoute immédiatement, toujours selon Mediapart : "Les Espagnols, ils m'ont dit : 'Nous, on n'a pas de problème. Nous, des blacks, on n'en a pas.'"

L'ambivalence de ses propos laisse donc planer une incertitude. Dans une société où la peur de l'autre et l'exclusion sont des thèmes devenus récurrents, la portée médiatique et le rôle symbolique du sélectionneur des Bleus, parce qu'ils sont considérables, ne doivent pas être entachés du moindre doute. Pour cette seule raison, Laurent Blanc ne devrait plus avoir le moindre rôle au sein du service public.

Alain Loret, directeur de la Faculté des sciences du sport de l'Université de Rouen

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Par Y GRAIC
Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 14:44

La remise à plat de la gouvernance de la FFF, qui doit être examinée samedi lors d'une assemblée fédérale, est une réforme «au petit pied», estime Alain Loret (*). Ce spécialiste de la politique sportive, directeur de la Faculté des Sciences du sport de l'université de Rouen, fait le distinguo entre «une économie du foot qui se pratique et une économie du foot qui se regarde».

La modification de la gouvernance de la FFF suffira-t-elle à remettre d'aplomb le football français?

Il ne s'agit pas d'un problème propre à la Fédération française de football (FFF). C'est un problème plus global et de nature politique portant sur la gestion même du sport français. Depuis l'origine de la Ve République, l'Etat considère que le sport fait partie de son domaine régalien. La France est l'un des rares pays à le considérer comme tel. Ainsi, parmi les nations membres du Comité international olympique, seulement trois ont adopté cette configuration: la France, Cuba, et la Corée du Nord... La FFF se voit conférer une authentique délégation de mission de service public. En réalité, elle est sous tutelle de l'Etat. Dès lors, on comprend mieux pourquoi, lorsque Roselyne Bachelot a tenté de gérer la crise en Afrique du Sud, des difficultés soient apparues avec la Fifa. Celle-ci est en effet très sourcilleuse s'agissant de l'autonomie politique de ses fédérations nationales.

Quant à cette soit-disant réforme de la fédération, c'est une réforme de gouvernance au petit pied! Les débats ne portent que sur des éléments de représentativité. Ce n'est pas l'essentiel. La gouvernance consiste d'abord à fixer des objectifs politiques à moyen et long termes. La question de la représentativité ne se pose qu'ensuite, lorsqu'il s'agit de trouver des solutions pour les atteindre. Or, les débats actuels ne portent pas sur le fond. Par exemple, sur le fait que l'on identifie aujourd'hui deux économies dans le football: une économie du foot qui se pratique et une économie du foot qui se regarde. Ce sont deux mondes différents qui appellent des modes de gouvernance distincts, car portant sur des enjeux sociaux et économiques qui n'ont rien à voir entre eux.

Expliquez-vous...

On oublie que la Ligue de football professionnel (LFP) est une association sous tutelle de la FFF qui est elle-même sous tutelle de l'Etat. Or, le budget de la LPF est supérieur au budget que l'Etat consacre au sport... Je ne pense pas qu'une telle situation de déséquilibre budgétaire puisse être identifiée dans d'autres secteurs de l'administration française. Qui plus est, les clubs de Ligue1 subissent une pression financière internationale terrible alors qu'ils n'ont que peu d'autonomie de gestion. Cette «double contrainte», organisationnelle et financière, conduit nombre d'entre eux à des formes de gestion peu rigoureuses. En réalité, l'argent du football français se perd dans le sable. C'est d'ailleurs proprement scandaleux.

Sait-on, par exemple, ce que représentent les droits télévisuels annuels du foot français? Ils représentent la totalité de l'aide internationale reçue par le Pakistan lors du tremblement de terre que ce pays a récemment subi, la totalité du budget-recherche que la France consacrera en 2011 aux nouvelles technologies informatiques comme le «cloud computing» ou encore le budget nécessaire à la numérisation de l'ensemble des bibliothèques françaises. En regard de l'énormité de ces sommes, non seulement les résultats internationaux ne suivent pas, mais nos clubs millionnaires ont encore le front de demander aux collectivités de financer leurs stades... Dans le contexte de crise que nous connaissons, les Français prennent peu à peu conscience du scandale financier que représente le football français. Ses instances feraient bien de le réaliser.

Aucun club français n'est présent aux quarts de finale des coupes européennes. Le football français est-il toujours plus distancé au niveau international?

C'est une évidence. On nous explique que la raison tient à l'écart financier avec les grands clubs étrangers. Il y a sans doute une part de vérité dans cette assertion, mais une bonne gestion financière pourrait sans doute changer une partie de la donne. Reste que les critiques qui fusent aujourd'hui à l'endroit de la DNCG sont inquiétantes car elles laissent penser que ce «gendarme financier» du football français ne serait pas dans son rôle en tirant certaines sonnettes d'alarmes. Non seulement il l'est, mais je suis de ceux qui considèrent que son rôle devrait encore être amplifié. Je rappelle quand même qu'en 2009, un organisme intergouvernemental comme le Groupe d'action financière (Gafi) a publié une étude détaillée portant sur les risques de blanchiment de capitaux dans le secteur du football. Au moment où l'économie des paris en ligne semble être considérée par tous les acteurs comme le futur sauveur financier du foot tricolore, il y a de quoi être inquiet.

(*) Alain Loret publiera en 2011 un nouvel ouvrage: «Le sport français en manque de doctrine», chez Sports-Formations.

Pour aller plus loin, notre dossier: Bulle financière et ballon rond

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Publié dans : Libre expréssion - Par Y GRAIC
Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 14:39

  http://www.lemonde.fr/medias/www/1.2.321/img/lgo/lemondefr_pet.gif

http://img.idgo.fr/articles_m/017000/017613-foot_m.jpgL'un, Frédéric Thiriez, président de la Ligue de football professionnel, affirme, dans Le Monde daté 22 octobre, qu'un footballeur doit être rémunéré comme un acteur ou un chanteur. Pour lui, le foot est un spectacle. L'autre, Patrick Braouezec, président de la Fondation du football, considère à l'inverse, dans un supplément de L'Equipe du 23 octobre, qu'il faut limiter les salaires des joueurs. Pour lui, le foot est un sport éducatif.

La contradiction est, à la fois, étonnante et éclairante. Elle est étonnante car ces deux hommes se connaissent bien, ils se côtoient constamment, fréquentent les mêmes loges VIP, les mêmes présidents de clubs de Ligue 1 et apprécient les mêmes joueurs. Bien plus, tous deux se désolent à l'identique des déboires du football tricolore. Elle est aussi éclairante car leur désaccord traduit notre incapacité à considérer le football professionnel pour ce qu'il est devenu : une industrie de production d'images à forte valeur marchande. L'origine de cette inaptitude remonte à Pierre de Coubertin. Dans notre pays, c'est en effet toujours sa vision du sport qui structure le discours officiel…, que relaye Patrick Braouzec. Or, celle-ci ne tient pas compte du fait qu'il est devenu indispensable, aujourd'hui, d'opérer une distinction entre le sport qui se pratique (éducatif) et le sport qui se regarde (économique). Ces deux conceptions ne relèvent pas des mêmes modes de gestion et d'administration. C'est pourtant une seule et même organisation – la Fédération françaises de football (FFF) – qui est chargée de les promouvoir. Elle en est bien incapable.

Confinée dans une doctrine datant d'un autre siècle, dirigée par un président bénévole, gérant un patrimoine sportif considéré comme un authentique bien collectif qui, à ce titre, relève carrément du service public, sommée de répondre à un environnement économique devenu trop exigeant, la Fédération française de football baigne dans un univers de contradictions.

L'OBLIGATION DE RENTABILITÉ ÉCONOMIQUE

Parmi les multiples difficultés qui assaillent ses dirigeants, l'obligation de rentabilité économique du "produit football" exigée par ses partenaires (TV, sponsors, investisseurs) apparaît insoluble en l'état actuel de son organisation d'un autre âge. De fait, la FFF est confrontée à une double contrainte. D'une part, une gestion financière à court terme tenant compte de ses partenaires commerciaux qui escomptent toujours un retour sur investissement immédiat. D'autre part, la reconstruction du potentiel de performance de l'équipe de France qui ne peut se concevoir qu'à long terme. Incompatibles, ces deux aspects du même problème montrent à quel point la gestion récente de la fédération fut défaillante. La difficulté tient au fait que les investisseurs qui misent aujourd'hui sur l'équipe de France doivent accepter l'incroyable "carence télégénique" qu'elle subit. Entièrement due aux mauvaises pratiques gestionnaires de la FFF, elle contraint les acteurs économiques à accepter une baisse de revenus. Ce qui n'est pas dans leurs habitudes. Au-delà du problème sportif, la fédération est donc confrontée à un problème économique. Il n'est pas impossible qu'elle soit parfaitement incapable de le résoudre. En tout cas, les rivalités que l'on constate actuellement entre ses dirigeants les plus médiatiques montrent une fébrilité organisationnelle peu compatible avec les enjeux.

C'est donc une problématique difficile que celle des Etats généraux qui s'ouvrent cette semaine. Avant même d'envisager une nouvelle gouvernance, elle nécessitera un véritable "ré-engineering" du football professionnel français. Il devra s'organiser autour d'une idée aussi simple qu'elle sera dérangeante pour beaucoup. Au-delà, sa traduction sur "les terrains" sera très complexe car elle remettra en question nombre de positions acquises de longue date. En effet, jusqu'à présent, chacun s'est servi "sur la bête" : les joueurs, les agents, les entraîneurs, les acteurs économiques et même certains dirigeants. Aucun ne s'est soucié de l'épuisement de la "ressource football". Nous y sommes.

Alain Loret va publier Le sport français en manque de doctrine début 2011 (Editions Sports-Formations).

Alain Loret, directeur du master de marketing et management du sport professionnel, doyen de la Faculté des sciences du sport de l'Université de Rouen
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Publié dans : Dans la Presse - Par Alain LORET
Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 11:14
http://www.lemonde.fr/medias/www/1.2.298/img/lgo/lemondefr_pet.gif
Point de vue   LEMONDE.FR | 11.06.10

Vite démenti, le bruit a couru que Thierry Henry ne serait pas du voyage en Afrique du Sud. Aujourd'hui, le joueur juge logique son nouveau statut de remplaçant. En réalité, le capitaine des Bleus est simplement devenu infréquentable car il incarne la face sombre de la planète foot (Le Monde du 28 novembre 2009). Son tort est d'avoir apporté une réponse positive à une question qui dérange : la victoire sportive se situerait-elle constamment à la lisière du permissible ? Corrélativement, la compétition sportive génèrerait-elle obligatoirement des relations fondées sur l'opacité des conduites : pas vu, pas pris, et peu importe le reste pourvu que la victoire soit acquise ? Une réponse positive à ces deux questions est insupportable car elle implique une remise en cause de la dimension éducative du sport. Nous serions alors face à un incroyable changement de paradigme puisque depuis un siècle le discours officiel pare le sport de toutes les vertus. Sa durable implantation dans l'espace social sublime ainsi les traits d'une société méritocratique selon laquelle son effet cathartique, pacificateur et socialisant en fait une pratique éducative et d'intégration sociale.

Reste qu'historiquement les affrontements sportifs ont toujours largement privilégié les duels à somme nulle entre des adversaires amateurs. En Théorie des jeux, on définit ces duels par le fait que les gains des vainqueurs et les pertes des battus s'annulent (+1 - 1 = 0). Dans le contexte du sport amateur – au sens coubertinien du terme – où les gains ne sont que symboliques, le système fonctionne en prônant que "l'essentiel est de participer". Le fair-play est ainsi une sorte de bouclier éthique toujours d'actualité puisque le Conseil de l'Europe estimait dans une recommandation récente qu'en matière de sport, "qui joue loyalement est toujours gagnant".

LA DIMENSION SYMBOLIQUE DU SPORT

Par contre, nous pouvons faire l'hypothèse qu'il en va tout autrement dans le sport professionnel dont la vocation est économique. La main d'Henry mérite donc une analyse plus fine que cela n'a été fait jusqu'à présent car ses conséquences actuelles sur la composition de l'équipe de France en Afrique du Sud en font un cas d'école. On peut penser qu'Henry a transgressé les règles pour deux raisons complémentaires. D'une part, parce que la logique interne du football – vaincre l'adversaire – l'y poussait dans la mesure où il était sûr que les Irlandais auraient agi de même. D'autre part, parce que la logique externe du foot business, basée sur la maximalisation du profit financier, l'y encourageait. Ce deuxième point conduit à penser qu'Henry n'est pas un simple sportif. C'est une authentique machine à produire du cash. Formé pour cela, il a engrammé le calcul froid et rationnel qui pousse chaque joueur pro à évaluer constamment le rapport coût/bénéfice pour tirer le meilleur profit d'une situation donnée. Ce dispositif est très précisément celui du dilemme du prisonnier issu de la théorie des jeux. Appliqué au football professionnel, il décrit une situation dans laquelle deux joueurs qui auraient pourtant intérêt à jouer honnêtement ne le font pas car les incitations à tricher sont si fortes qu'un joueur rationnel, confronté à une situation ou tricher serait déterminant pour la victoire, choisirait de le faire systématiquement. La seule question qui vaille est donc la suivante : dans le sport professionnel peut-on ne pas tricher au risque de perdre ? Surtout quand on est un joueur salarié dont la fonction consiste précisément à trouver les conditions de production d'un optimum de profits financiers ? Dans la fraction de seconde qui l'a conduit à tricher face aux Irlandais, le dilemme de Thierry Henry était donc simple : pouvait-il ne pas le faire ?

Supposons qu'il ait pensé que dans une situation identique un joueur irlandais n'eut pas triché respectant ainsi l'éthique sportive. S'il avait agi de la même façon que lui son gain n'eut été que symbolique. Dans un contexte économique exacerbé qui rendait indispensable la victoire de la France, cela ne présentait strictement aucun intérêt. A l'inverse, en estimant que son adversaire eut triché également, un comportement rationnel ne pouvait que le conduire à choisir une stratégie optimale : tricher pareillement. En théorie des jeux, cela s'appelle l'équilibre de Nash. Il s'applique à toutes combinaisons de stratégies telles qu'aucun joueur ne regrette son choix après avoir constaté celui des autres joueurs. De ce point de vue, on se rappellera que ceux qui ont cautionné a posteriori le geste de Thierry Henry n'ont eu de cesse de rappeler que, dans un passé récent, l'équipe d'Irlande avait commis des infractions non sanctionnées dont elle avait profité.

Pour autant, en trichant, le capitaine de l'équipe de France a simplement oublié une chose essentielle : un sponsor n'est intéressé que par la dimension symbolique du sport, c'est-à-dire par les valeurs qu'il véhicule. S'il paye pour mettre son nom sur un maillot, ce n'est pas pour l'associer à une image dégradée. Finalement, c'est le temps de jeu de Thierry Henry durant la Coupe du monde qui nous indiquera s'il a fait le bon choix contre l'Irlande. S'il est faible, l'hypothèse selon laquelle les sponsors de l'équipe de France auront fait pression sur Domenech pour éviter d'être associés à l'image dégradée du joueur pourra être retenue. La thèse selon laquelle Titi était hors de forme ne sera pas viable. Sauf à en faire un argument à charge pour enfoncer encore plus le sélectionneur.

Alain Loret est professeur des universités, doyen de la faculté des sciences du sport de Rouen ;

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Publié dans : Dans la Presse - Par Y GRAIC
Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /Mars /2009 13:08

http://l.liberation.fr/img/content/lg_libe.gif Alain Loret directeur de la faculté des sciences du sport de Rouen.

La nomination de David Douillet au poste de secrétaire national aux sports de l’UMP a surtout fait réagir les humoristes. A tort, car c’est une vision du sport clairement marquée idéologiquement. Depuis un quart de siècle, en effet, les gouvernements de droite ont promu aux postes de ministres des Sports des sportifs de sexe masculin là où la gauche préférait des femmes n’ayant jamais porté le moindre maillot national. Drut, Lamour, Laporte, bientôt Douillet, d’un côté, Edwige Avice, Dominique Bredin et Marie-George Buffet, de l’autre. Un peu comme si un titre olympique valait brevet de compétence. Nous observerons que face aux médailles qu’alignent les premiers, les secondes opposent deux lois majeures qui structurent toujours le sport français.

Le ticket Laporte-Douillet serait-il la parade trouvée par Nicolas Sarkozy pour construire enfin la politique que le sport français réclame ? Car le Président s’impatiente. N’affirmait-il pas récemment : «J’aurais réussi ce que je veux faire de mon quinquennat si je fais avancer l’idée du sport dans la société.» Sous entendu : nous sommes actuellement loin du compte. L’ancien entraîneur du XV de France vient donc d’engager «une réforme en profondeur du modèle sportif français». Reste qu’il a pris ses fonctions en octobre 2007… A-t-il alors mesuré la nécessité de réformer sans attendre notre modèle d’organisation du sport ? Sans doute pas. Ce n’est en effet qu’aujourd’hui qu’il nous annonce benoîtement que «l’année 2009 sera l’occasion de mener à bien des réformes urgentes (sic)».

Or, Laporte travaille dans un climat devenu délétère. La lettre adressée de manière ostensible à Roselyne Bachelot-Narquin, sa ministre de tutelle, par le président (UMP) du Comité olympique français en atteste. Ce dernier veut attirer «fortement» l’attention de la ministre sur les risques de «rupture» que les décisions du secrétaire d’Etat pourraient entraîner. Un rien menaçant, il poursuit : «Nous souhaitons aussi (vous) prévenir que nous ne saurions rester sans réactions.» On en frémit. Va-t-on voir David Douillet (UMP) défiler de la Bastille à la République ? Car en termes de contestation, il n’est pas un novice. Souvenons-nous de la fronde du «badge des athlètes» qu’il mena lors du prologue parisien des JO de Pékin. Le judoka nous convia alors à une parodie de révolte bâillonnée illico par le Comité international olympique (CIO) qui n’avait manifestement pas la main face au gouvernement chinois. Au demeurant, pouvait-on sérieusement penser que Douillet était en mesure d’incarner une lutte quelconque contre le CIO, fusse pour défendre les droits de l’homme ? Travaillant de toute évidence d’abord à sa promotion personnelle, il sortit rapidement de son rôle de contestataire pour promouvoir celui «d’olympien français historique» médiatiquement façonné à l’aune d’une volonté constante d’apparaître sur tous les écrans disponibles. Le temps de parole télévisuelle considérable qui lui fut donné durant les Jeux aurait pourtant dû le conduire à poursuivre son action. Vite oubliée derrière le paravent des faux-semblants, la pseudo-mobilisation de Douillet pour les droits de l’homme donna le ton d’une campagne olympique française qui, du début à la fin, c’est-à-dire du badge à la parade surréaliste des Champs-Elysées, ne fut qu’un simulacre largement orchestré par David Douillet lui-même.

Plus grave pour l’avenir du sport français, Bernard Laporte a aussi contre lui les fonctionnaires de son ministère. Le Syndicat de l’encadrement de la jeunesse et des sports (SEJS) s’alarme du fait que Eric Woerth lui a attribué un carton rouge pour sa lenteur dans l’application de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Le secrétaire d’Etat fait donc du zèle et va fermer la moitié des établissements régionaux dont il dispose. Il ne se préoccupe pas des conséquences sur les missions historiques de son administration, notamment le service public destiné aux jeunes. Il est vrai qu’entre-temps il a demandé qu’on lui retire la mission «Jeunesse» pourtant liée depuis cinquante ans à l’administration des sports. Initiative étonnante qui s’inscrit dans le projet de construction d’une «administration olympique» à l’horizon des Jeux de 2012.

Reste une question : avec quels moyens. L’enveloppe «sport» du budget du ministère est actuellement de 220 millions d’euros. Soit à peine plus que le chiffre d’affaire de l’Olympique lyonnais (210 millions)… David Douillet devra mouiller le kimono s’il veut sauver le sport français.

Dernier ouvrage paru : le Sport de la République, la France face au défi olympique. Editions du Temps, 2008.

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Publié dans : Dans la Presse - Par Y GRAIC
Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 11:59
http://www.paris-normandie.fr/images/backgrounds/v2_logo.jpg

 

Alain Loret est un électron libre dans le monde du sport qui dit ce qu'il pense et pense ce qu'il dit. Le directeur de la faculté des sciences du sport et de l'éducation physique de Rouen n'est pas du genre à ralentir sa course lorsqu'il s'agit d'évoquer le sport d'aujourd'hui et surtout de demain. Avec un constat : « La France régresse au niveau international ».

Entretien. A l'échelle nationale, la faculté de Rouen occupe la première place en termes de résultats sportifs depuis trois ans, comment expliquez-vous cette réussite ?

Alain Loret : « La faculté compte 7.000 personnes et 55 activités différentes. Par ailleurs, l'association sportive s'appuie sur 80 athlètes de haut niveau qui pratiquent dans les disciplines olympiques. Ils nous apportent donc de bons résultats. Il s'agit aussi d'un travail d'équipe récompensé par ce classement dont on ne parle pas assez. »
Comment jugez-vous le sport aujourd'hui ?
« Il se découpe selon moi en deux parties : le sport qui se regarde et le sport qui se pratique. On s'aperçoit qu'il y a aujourd'hui en France 15 millions de licenciés, pratiquants en club et 26 millions de sportifs qui ne sont pas licenciés et qui préfèrent la pratique à la compétition. Il faut donc faire évoluer le service public pour trouver des offres de services qui correspondent aux demandes. C'est difficile aujourd'hui. »
Pourquoi est-ce si difficile ?
« C'est une question d'orientation. Aujourd'hui, on préfère concentrer ses efforts sur le sport qui se regarde plutôt que sur celui qui se pratique. C'est encore plus vrai depuis l'arrivée de Bernard Laporte au gouvernement. Le sport en France est géré, pas managé. Un gérant compte ses sous et ses médailles. Depuis 25 ans, le sport a muté mais cette mutation n'a pas été prise en compte par le mouvement sportif. Il faudrait vraiment entrer dans le sport du XXIe siècle, pas reproduire celui du XXe siècle. Ce ne sera possible que si on réfléchit à deux décennies. Il faudrait mutualiser les moyens aussi car un club qui compte 120 licenciés ne peut pas se permettre d'avoir une grosse structure pour fonctionner. Dans ce cas, l'Etat est seul décideur. »
Comment est-ce possible ?

« Si le mouvement sportif ne se reprend pas en main, rien ne bougera. La réussite du handball français est l'arbre qui cache la forêt car la France régresse au niveau international. En ski, la France est septième nation, ce qui n'est pas terrible pour un pays de ski. On est éliminé de la Fed Cup. Ce décrochage général va s'accentuer. Au JO d'Atlanta (1996), la France avait terminé en 5e position, à Sydney (2000) 6e, à Athènes (2004) 7e et à Pékin 10e. A Londres en 2012, on se battra avec la Biélorussie pour la 11e ou la 12e place ! »
Faut-il tout revoir pour améliorer les performances des sportifs français ?
« En France, le modèle d'organisation date des années 50, il s'appuyait sur ce que faisaient l'Allemagne de l'Est et Cuba. Aujourd'hui, le sport olympique français est militaire. Seuls deux pays fonctionnent de la même manière : Cuba et la Corée du Nord. »
Un changement peut-il intervenir ?

« Il y a une telle langue de bois par rapport aux résultats de l'équipe de France. On l'a bien vu avec les championnats du monde de ski où on était très content d'être deuxième. Bernard Laporte nous laisse croire que même les défaites sont jolies. C'est ce que j'appelle le retour du syndrome Poulidor. »
Le sport va-t-il connaître un big bang ?
« Le big bang est derrière nous. Il a eu lieu il y a vingt-cinq ans avec l'apparition de nouvelles technologies et de nouvelles techniques sportives. Beaucoup de sports sont apparus, de nouvelles marques aussi. Le sport va continuer à évoluer. Il faut désormais réfléchir au sport des années 2030-2040. C'est la problématique aujourd'hui des élus locaux, qui doivent décider de la construction de structures sportives qui doivent rester rentables sportivement alors qu'ils n'ont pas de vision aussi lointaine. Cette évolution pourrait aussi toucher les grands événements comme les jeux Olympiques. A plus ou moins longue échéance et compte tenu de la menace terroriste, on pourrait imaginer des JO virtuels avec une technologie qui existe aujourd'hui au stade de prototype et qui effacerait bon nombre de difficultés. »

Propos recueillis par Richard Avenel
« Le handball est l'arbre qui cache la forêt »
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Publié dans : Libre expréssion
Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /Sep /2008 18:40
http://www.humanite.fr/IMG/arton876557.jpghttp://www.humanite.fr/squelettes/icono/grologo.gif le 15 septembre 2008

À l’espace sport, le président de la Fédération française d’athlétisme, Bernard Amsalem, s’est prononcé pour une remise à plat des relations entre l’État et le mouvement sportif.

Tandis que sur l’esplanade herbeuse bordant l’avenue Louis-Aragon des gamins s’initient au saut à la perche, sous le chapiteau de la FSGT, devant un public averti de profs et d’élus, l’universitaire rouennais Alain Loret sort les avirons pour défendre son idée de « privatisation du sport de haut niveau afin de consacrer les moyens de l’État au sport pour tous ». Une proposition qui fait battre, aux autres participants à ce débat sur le sport français, animé par Frédéric Sugnot, de l’Humanité, des records de saut sur chaise. Certes, comme le souligne Lydia Viana-Martins, membre de la direction nationale de la FSGT, « l’État abandonne les clubs et la population et le gouvernement met en danger le sport scolaire ». Les militants du sport travailliste font d’ailleurs signer depuis juillet une pétition protestant contre ce désengagement. Certes, comme l’indique Daniel Gilles, vice-président du conseil régional de Bretagne, le maigre budget (0,28 % du total) que l’État consacre au mouvement sportif est géré par « l’improbable attelage Bachelot-Laporte », et ce sont finalement les collectivités locales qui pour les trois quarts des subventions font vivre le sport dans le pays. Certes, comme y insiste Bernard Amsalem le président de la FFA, « l’État exerce une tutelle tatillonne sur les fédés et l’on va avec la RGPP (révision générale des politiques publiques) vers un possible démantèlement du système sportif ». Mais faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain avant de livrer au privé baignoire et jacuzzi ?

Un constat s’impose : l’organisation du sport en France mise en place au début de la Ve République après l’échec tricolore aux JO de Rome est « obsolète », comme le dit Bernard Amsalem qui dans le même temps s’élève contre « la dictature de la médaille ». Alain Loret, à propos justement des 40 breloques obtenues par les Français à Pékin, s’indigne de l’instrumentalisation de ce record historique par le gouvernement « au détriment de la promotion d’un vrai service public de l’activité sportive ». « D’accord », appuient Bernard Amsalem et Lydia Viana-Martins, qui se prononcent, en conséquence, contre une privatisation du haut niveau, qui laisserait forcément de côté des « petits » sports, et pour une complète remise à plat du système, un « Grenelle du sport » qui prendrait en compte les fantastiques évolutions de la société française vis-à-vis de la pratique sportive. Comme le précise à ce propos Alain Loret, « si 15 millions de Français sont licenciés en club, 25 millions sont des pratiquants - sauvages, exclus du service - public ». Le sport est bien le miroir de la société. Mais, comme le dit en guise de conclusion provisoire Daniel Gilles, « en tant que communiste je ne suis pas pour critiquer le miroir mais pour changer la société ».

Philippe Jérôme

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Publié dans : Dans la Presse - Par yg
Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 20:56

Une médaille en moyenne depuis trois rendez-vous olympiques : l'athlétisme français déçoit. Et pas seulement le téléspectateur. Sa base, aussi, est désabusée. Resserrer le mode de sélection, obliger l'élite à se rendre aux championnats de France ou à participer aux relais des équipes nationales : les mesures envisagées par la Fédération française d'athlétisme (FFA) font sourire les éducateurs. Pour eux, le diagnostic est bien plus simple : "Il n'y a aucune détection, l'athlétisme n'est plus pratiqué à l'école et la fédération néglige ses clubs", entend-on le plus souvent.


EPS : les heures hebdomadaires d'éducation physique et sportive (EPS) dispenséesà l'école : 4 heures en 6e, 3 heures en 3e et 2 heures au lycée. En théorie, 3 heures par semaine sont dispensées en primaire, mais bien moins dans les faits.

Les heures consacrées à l'athlétisme dépendent du projet d'établissement, mais le nombre d'heures a tendance à diminuer.

En Staps : le temps consacré à l'enseignement de l'athlétisme a été divisé environ par deux en vingt ans. En fonction des options choisies par les étudiants, le volume durant les études varie de 6 à 40 heures.

Licenciés : dans la ligue Nord-Pas-de-Calais, leur nombre est passé de 10 863 en 2000 à 9571 en 2006. Chez les juniors, il a reculé de 576 à 462 .


"Une enquête de la ligue de Bretagne sur 100 benjamins qualifiés aux régionaux de cross avait indiqué qu'il n'en restait que deux dans la catégorie junior", se souvient Serge Leroy, président du Lille-MétropoleAthlé. Quant à la culture relais, elle n'existe plus en France. Dans le Nord - Pas-de-Calais, deuxième ligue française, les meilleurs clubs ne participent plus aux championnats régionaux de relais.

La tâche est rude pour Jean-Claude Bourdon, responsable des jeunes, du monde scolaire et universitaire, à la FFA. Formateur réputé, le Picard fut propulsé à la direction technique nationale (DTN) suite au zéro médaille des Jeux de Sydney en 2000. Dans son collège Jean-Marc-Laurent, à Amiens, il avait révélé 38 champions de France. " A l'époque, on avait l'impression que la fédération estimait pouvoir se passer du monde scolaire", se souvient-il. Huit ans après, le constat demeure le même si l'on questionne les clubs de province. "La fédération se désintéresse de sa base", assène au téléphone Colette Merrien, institutrice retraitée, responsable avec son mari de l'école d'athlétisme de Capbreton, dans les Landes. On entend, derrière elle, des bruits de marteau : "mon mari fabrique du matériel pour transporter des poids et disques".

Roger Merrien a bouclé une carrière de professeur d'EPS au lycée d'Aiguillon, en Lot-et-Garonne. Trois de ses élèves furent champions du monde scolaire. "Ici, nous vivons en autarcie : nous apportons nos cotisations à la "fédé" et n'avons aucun retour en matériel ou idées. Je suis consterné : rien n'existe verticalement entre nous et la fédération."

M. Merrien donne un exemple récent : "J'ai deux jeunes qui partent en sports-études : nous sommes obligés de leur fournir trois perches. Nos finances l'interdisent. Le perchiste Adrien Martin (5,05 m en junior 1) signera donc à Bordeaux. Cela ne me dérange pas, à condition d'avoir un retour. Je pense aux jeunes entraîneurs qui travaillent avec des bouts de ficelle."

A la DTN, les talents de "pépiniéristes" des Merrien ont cependant été repérés. "On nous annonce la venue de M. Bourdon lors de notre stage de formation, du 9 au 14 septembre. Je suis étonné : notre travail est modeste et artisanal !", explique l'éducateur.

Jean-Claude Bourdon rend hommage au couple landais : "Nous allons expérimenter leur action. Je veux créer une sorte de pédiatrie de l'athlétisme. Un outil a déjà été créé à partir de leurs inventions. C'est Cap Athlétisme. Cela fait partie de ce que nous diffusons dans notre nouveau DVD Planète Athlé."

L'idée est de partir à l'encontre de ce qui était fait jusqu'à présent. "En voulant concurrencer les sports qui prennent les enfants jeunes, tels le judo ou la gym, on a eu le tort de miniaturiser l'exercice. Mon combat a été d'adapter au contraire notre sport à l'enfant. On a mis quatre ans pour faire des DVD destinés aux moins de 16 ans, aux moins de 12ans" , précise M. Bourdon.

L'entraîneur national du poids, Michel Tranchant, reste dubitatif. "En France, on aime les colloques et la théorie. C'est bien beau de donner des CD-Rom, ou du matériel. Encore faut-il former les instits à leur utilisation ! De même, on me demande de donner en une seule journée aux entraîneurs de club ce qu'on apprend en vingt ans !, s'emporte M. Tranchant. On a filmé tous les lancers à Pékin mais c'est inutile d'envoyer le CD si on ne va pas cet hiver partout en province analyser ces images avec les coaches. Nous avons 100 cadres techniques en France pour l'athlétisme : lesautres pays nous envient. Mais qu'en fait-on ? On emmène de moins en moins de jeunes en stage."

Pourtant, l'athlétisme est partout au programme : brevet, bac, concours de police, de gardien de prison... "On demande de courir un 1 500 m, mais on ne pratique pas pour autant", regrette M. Bourdon.

Faute de détection, les champions actuels sont souvent venus par hasard à l'athlétisme. Jérôme Baudson, responsable de l'école d'athlétisme de l'US Tourcoing, a débuté à Reims. "J'y ai fait mon service civil avec le futur champion d'Europe du 50 km marche Johann Diniz. Il a découvert sa spécialité parce que nous avions besoin d'un marcheur aux interclubs de moins de 23 ans", raconte-t-il. Hasard aussi pour le champion de France 2008 du 100 m, Martial Mbandjock. Il jouait au basket au collège Saint-Vincent de Loos. Comme il manquait un relayeur pour les interclubs scolaires, son prof et entraîneur de basket le récupéra et remarqua sa vitesse. Il l'envoya alors à l'ASPTT Lille - mais il était déjà junior !

L'équipe Bourdon a donc inventé l'opération "Urbanathlé" : un outil de détection mis en place dans les quartiers peu favorisés, proposant trois épreuves en une heure, avec les cadres techniques régionaux. Une opération de ce genre a testé 2 000 enfants à Lens, à La Gaillette, le centre de formation du club de football du RC Lens. "Cela existe depuis un an, on ne connaît pas encore les résultats, admet M. Bourdon. Nous sommes sans doute en fin de cycle de l'élite française actuelle : il faut repartir de la base. Restera le problème de stratégie et de suivi." Remonter la pente d'ici aux Jeux olympiques de 2012 semble en tout cas un pari difficile.

Geoffroy Deffrennes

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Edition abonnés Archive : "Le Coq" aime moquer les sportifs et la Chine
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Par Y GRAÏC
Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 15:57

http://medias.lemonde.fr/mmpub/img/lgo/lemonde_moy.gif

A Pékin, les lève-tôt, bien moins nombreux que les noctambules dans le quartier touristique d'Houhai, sont récompensés par un spectacle rassurant sur la solidité de la nature humaine. Tout autour du lac, bars et boîtes de nuit ont fermé, les néons sont éteints et les sonos muettes. A la surface de l'eau glissent des formes rondes, recouvertes de plastique, dessinant autant de sillons dans l'onde opaque. A la naissance du lac, sous un petit pont, de drôles de choses se déversent dans l'eau, sous une épaisse couche de mousse d'une couleur indéfinissable.

A y regarder de plus près, ces formes rondes sont des têtes, coiffées de bonnet en caoutchouc. Un peu plus près encore, et l'on observe qu'elles constituent la partie émergée de corps humains. Chaque matin, été comme hiver, de valeureux Pékinois, hommes et femmes, plongent dans les eaux troubles du lac Houhai pour faire leurs longueurs. Ce sont des habitués, qui discutent sec en s'épongeant. Avant de se sécher, ils observent un précieux rituel, celui du rinçage à l'eau claire, à l'aide de bidons apportés dans leurs affaires.

Il y a quelque chose d'héroïque chez ces mordus de la brasse, mais ils n'ont guère le choix : à Pékin, hormis le somptueux Cube d'eau qui a accueilli les épreuves olympiques de sports aquatiques, les piscines n'ont pas été la priorité des nouveaux bâtisseurs. C'est le paradoxe d'une nation qui vient de battre tous les records en remportant 51 médailles d'or, soit 15 de plus que les Etats-Unis. La Chine fabrique des champions, mais ignore les sportifs.

Du moins était-ce le cas jusqu'à ces Jeux olympiques. Car avant même que Zhang Yimou ait déclenché le feu d'artifice final de sa mise en scène de clôture, les critiques fusaient déjà. Sur les blogs, dans la presse, parmi les experts, le système sportif chinois est ouvertement remis en question.

Ce système consiste à concentrer l'essentiel des efforts sur des athlètes tôt identifiés - dès l'enfance, pour les gymnastes - comme ayant un vrai potentiel de médailles d'or. Enrôlés dans des écoles spécialisées, ils sont coupés des masses, auxquelles leurs prouesses ne profitent guère. Certains, comme Liu Xiang, le champion blessé du 110 m haies, deviennent des idoles nationales, avec sponsors et clubs de fans, mais les hurdlers en herbe n'auront pas pour autant plus de facilités à trouver un stade d'entraînement. D'autres, comme les footballeurs de l'équipe nationale, restent l'éternelle risée de leurs compatriotes, qui n'arrivent pas à comprendre que 1,3 milliard de Chinois ne puissent pas produire un Zidane ou un Ronaldinho.

La logique derrière ce système est apparue aussi clairement aux Chinois qu'au reste du monde : la course aux médailles d'or était politique ; elle devait permettre à la Chine d'affirmer son statut de grande puissance sportive au moment où elle accueillait ces Jeux historiques. Mission accomplie. La Chine est passée de 15 médailles d'or aux JO de Los Angeles en 1984 à 51 à ceux de Pékin, y compris dans des disciplines non traditionnelles pour elle : la voile, l'aviron, la natation, la boxe.

Parfait. Et maintenant, semblent dire les critiques, si l'on pensait un peu à nous ? Sur Internet, les forums de discussion opposent clairement sport de compétition et sport de masse, voire sports récréatifs. Les internautes soulignent l'insuffisance des infrastructures sportives pour le public, font des comparaisons peu flatteuses entre le temps quotidien que les Chinois consacrent au sport et ce qui se pratique dans le monde développé. Le sport, ce n'est pas seulement des médailles d'or, rappellent-ils, c'est aussi le bien-être, l'esprit d'équipe, la santé, le plaisir.

" Plus on gagne de médailles, plus on dépense l'argent du contribuable - qui n'a pas son mot à dire - et plus criantes sont les dettes à l'égard de l'éducation physique et sportive de la société. Quelle fierté y a-t-il à cela ? ", demande un blogueur, Liang Fafu. Autre carence, déplorée dans ces discussions : l'absence d'associations sportives en dehors du dispositif d'Etat, au sein d'une société civile encore balbutiante, qui rend la compétition avec le système tout-Etat impossible. Mais il y a un autre concurrent possible : le marché. Sollicité sur d'autres fronts, notamment sociaux, le gouvernement chinois ne pourra pas continuer à consacrer un budget aussi important à la machine à produire des champions, prédisent certains experts. Il devrait donc ouvrir la porte à différents sponsors, agents, entreprises privées ou associations internationales pour financer l'entretien des stades créés pour les JO et le fonctionnement d'activités sportives. Divers commentaires officiels récents admettent la nécessité d'ouvrir davantage le sport au public.

On attendait l'esprit post-JO sur l'ouverture politique ou sur les droits de l'homme : pour autant qu'on puisse en juger à court terme, il va falloir être patient. Pour les droits du sportif, en revanche, cela ira peut-être plus vite. Il faut un début à tout.

Sylvie Kauffmann

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