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Mercredi 26 mars 2008
La France face au défi olympique
Auteur : Alain Loret

Le sport de la République


Extraits significatifs du livre

Concernant la défaite de Paris face à Londres pour l’organisation des Jeux olympiques de 2012.

« L’omniprésence des hommes politiques français irrita certains grands électeurs du CIO. Un
agacement qui conduisit nombre d’entre eux à accorder leurs voix aux Anglais, alors même que
leur dossier était jugé moins bon. De ce point de vue, le protocole mis en place par la délégation française lors de la présentation officielle fut une authentique infraction aux règles non écrites du CIO. Une erreur impardonnable pour certains de ses membres qui montre, au mieux, une méconnaissance des us et coutumes olympiques, au pire, une suffisance déplacée reposant sur la certitude de détenir la Vérité olympique ; celle-ci ne pouvant être qu’une « vérité administrée » par la Personne publique. »
« Le Président de la République française n’avait pas à faire allégeance à une organisation
non démocratique comme le CIO. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui ressentirent sa présence à la tribune comme une inconvenance. Dès lors, « la messe était dite ». Il faudra maintenant de
nombreuses années avant que Paris envisage de présenter une nouvelle candidature. Il faudra
surtout attendre que le modèle d’organisation qui administre depuis un demi-siècle le sport
français évolue vers d’autres formes de gouvernance. »

- Concernant le budget que l’Etat consacre au sport.


« Le vrai problème de la politique sportive française fut toujours celui des moyens. A aucun
moment de son histoire le service public du sport n’a obtenu les ressources nécessaires. Dès lors, les systèmes d’actions et de décisions qui se sont succédées depuis une période qui s’origine avec les Jeux olympiques de Grenoble, en 1968, ne furent qu’une longue litanie
de solutions administratives toujours insatisfaisantes car contraintes par des circonstances
politiques toujours défavorables. Une longue sédimentation d’initiatives qui n’étaient
qu’opportunistes a fini par ensevelir sous ses couches successives le projet fondateur au plus
profond d’une préhistoire dont plus personne n’est aujourd’hui capable de comprendre
l’archéologie administrative. Seuls, des corporatismes, obligatoires dans une administration
publique qui a perdu le sens de l’origine, semblent en mesure de faire bouger le système. La
simple obligation de gestion à pris le pas sur « l’ardente obligation » du projet politique. Ce n’est donc nullement le procès des hommes qu’il s’agit de faire ; c’est celui d’un système qui a promu un service public dans un domaine qui n’avait sans doute aucune légitimité à le devenir. »

- Concernant l’intérêt d’un sport olympique d’Etat.

« Aujourd’hui la démocratisation du sport a été réalisée, nous dit-on. Considérant la forme
prise par la politique publique depuis cinquante ans, le problème est de savoir si cela était
vraiment nécessaire. L’option du sport d’élite qui a organisé l’économie générale du service
public et, au-delà, qui a constitué l’originalité du « modèle français », n’a pourtant que très
marginalement démontrée son intérêt. Pour quelques dizaines d’athlètes qui ont effectivement
atteint le firmament des dieux du stade, combien de milliers d’autre se sont fracassés sur le mur du haut niveau ? Pour quelques athlètes aujourd’hui millionnaires, combien de précaires ? Pour quelques médailles nationales gagnées de haute lutte, combien de situations d’athlètes
affligeantes ? Pour quelques salaires somptueux, combien de bénévoles épuisés ? Non,
décidément, il ne semble que la démocratie ait gagné quelque chose à « démocratiser le sport
d’élite ». Il s’agit maintenant de faire l’état des lieux pour voir s’il ne serait pas envisageable de
réformer notre « modèle sportif » si spécifique pour faire du sport français, notamment du sport professionnel, une organisation enfin adaptée à la société contemporaine… et qui respecterait la loi. »

- Concernant les défaillances de L’Etat.
« Peut-on vraiment parler de projet politique si celui-ci n’est pas assorti des moyens de sa
mise en oeuvre ? Cette question traverse depuis 1958 l’histoire des politiques publiques du sport en même temps qu’elle en pose les limites. Bornée par une absence chronique de ressources « l’intelligence sportive française» ne fut qu’un réaménagement perpétuel d’une idée source qui ne put à aucun moment être traduite dans les faits. Tout le personnel politique en charge du développement de ce service public durant un demi-siècle s’y épuisa. La machine administrative prit bientôt le relais d’une dynamique d’Etat défaillante. Elle se substitua à une conception politique du sport qui s'affaiblissait au rythme de débats parlementaires et budgétaires qui ne faisaient que reproduire à l’infini le même pauvre discours. Sans surprise, on constate progressivement la survenue d’une sorte d’auto-alimentation du système administratif.
Phénomène bien connu autant qu’artificiel qui, introduisant de multiples arrangements dans des
alliances successives, en vient à négliger sa raison d’être par méconnaissances accumulées de sa véritable origine. Suivant à la lettre un parti pris de méthodes d’auto-conservation, dans lesquelles la vision de la haute technocratie précédait la conception politique de l’action publique, une superstructure administrative privilégia alors un saupoudrage sectoriel qui, en terme de répartition de moyens déjà insuffisants, eu pour conséquences de ne permettre à personne et à aucune organisation ou institution de se développer vraiment. »

- Concernant l’inadaptation économique du modèle français.

« Chacun perçoit que le sport n’a pas été pensé à son origine pour générer une économie et
un marché. En réalité, ce fut exactement l’inverse. Au cours du vingtième siècle, en termes
d’organisation et de régulation, rien ne fut mis en oeuvre pour introduire l’olympisme, et plus
généralement le sport de compétition, dans un processus tendu vers un objectif de profit. En
France, la mise sous tutelle du mouvement sportif par l’Etat introduisit un remarquable effet
pervers dont la portée, considérable aujourd’hui, limite significativement les possibilités
d’évolution économique du sport français. Nos dirigeants sportifs possèdent, en effet, une
« culture de la subvention » qui, au plan des compétences de gestion qu’elle produit, semble bien éloignée de l’économie de marché dans laquelle baignent des structures sportives internationales.
Leur capacité à traiter, souvent de manière très « soft », avec les pouvoirs publics est
incompatible avec les négociations, souvent très « hard », qui marquent les relations
commerciales des acteurs économiques et institutionnels qui interagissent au niveau international.
Une « culture de la subvention » dans un contexte de partenariat administratif et une « culture de la négociation » dans un contexte de concurrence économique sont antinomiques. »
- En guise de conclusion.

« Demeure une certitude : les pouvoirs publics français doivent prendre la mesure d’un
problème qui n’était pas prévu. Il porte sur le fait que notre « modèle » d’administration du sport dessert l’avenir international de ce dernier. La libéralisation de l’économie sportive mondialisée est devenue critique pour la pérennité du Mouvement sportif français qui ne supportera pas sans conséquences graves que les choses restent en l'état. »
« Des problèmes qui semblent insurmontables existent. Ils sont liés pour l’essentiel au maquis
administratif et réglementaire qui résulte d’un cadre législatif suranné. S’il constitue une entrave par complexité excessive et si sa réforme est donc devenue nécessaire, il n’en reste pas moins que l’enjeu du quart de siècle à venir n’est pas vraiment là. Il se situe dans la capacité de développer cette vision prospective qui est aujourd’hui indispensable à la pérennisation du service public du sport. Comme il est devenu habituel de parler « d’intelligence économique », nous devons construire une « intelligence sportive » qui couvrira l’ensemble des secteurs d’activités que nous avons identifiés dans ce livre. Si nous nous en montrons capables, elle permettra à la France de conserver son rang historique dans le paysage sportif mondial. Dans le cas contraire, notre pays sera condamné à jouer un rôle de plus en plus secondaire… à l’image du Français, pourtant langue officielle des Jeux olympiques mais dont l’usage apparaît de plus en plus artificiel. »
par Y GRAÏC publié dans : Libre expréssion recommander ajouter un commentaire commentaires (1)   
 
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