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Vendredi 8 août 2008

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De 33 à 40 médailles : c'est la mission fixée aux sportifs français présents aux JO de Pékin par Roselyne Bachelot, ministre chargée des Sports. Cet objectif est-il réalisable ? A la veille de l'ouverture des Jeux, le 8 août, en Chine, les acteurs du monde sportif l'affirment : pour maintenir son rang, le sport français a besoin de réformes.

La France est-elle une grande nation olympique ? En 2004, à Athènes, avec 33 médailles (dont 11 en or), nos athlètes se classaient au 7e rang des 201 pays participants. Ce résultat nous place parmi les grands pays sportifs. Loin derrière les géants (Etats-Unis, Russie et Chine), mais juste après l'Allemagne, premier pays européen. Sociologue du sport au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), Patrick Mignon reconnaît la performance, mais reste dubitatif : « Au nombre de médailles, nous jouons encore dans la cour des grands... Mais si le sport français sauve souvent l'honneur grâce à des disciplines comme l'escrime, le judo, le cyclisme, le tir à la carabine, le tir à l'arc, l'aviron, le canoë-kayak ou la voile, il obtient rarement des médailles dans des spécialités universelles, comme l'athlétisme ou les sports collectifs. »

Des propos que confirme l'analyse des olympiades précédentes. A Athènes, en 2004, escrimeurs, judokas et cyclistes français avaient décroché le tiers de nos médailles. Peu ont été décrochées en athlétisme. Dans cette discipline considérée comme le premier des sports olympiques, la France brille par sa faiblesse. Seulement deux médailles de bronze et d'argent remportées à Athènes, et aucune quatre ans auparavant à Sydney. Et ce n'est pas à Pékin que la France rectifiera le tir, confirme Bernard Amsalem, président de la fédération française d’athlétisme.

« Nos structures sont devenues obsolètes »

L'une des raisons que Bernard Ansalem invoque pour justifier la pauvreté des résultats est d'ordre social : « A une époque dominée par le loisir, l'athlétisme est une discipline trop rigoureuse pour attirer la jeunesse. Après les championnats du monde de Paris en 2003, un grand nombre de jeunes s'étaient inscrits dans les clubs, mais devant la rigueur des entraînements, beaucoup ont abandonné. » Le sociologue Patrick Mignon regrette quant à lui l'absence d'un véritable travail d'équipe au sein de l'encadrement fédéral : « Les entraîneurs d'athlétisme jouent leur carte personnelle. Ils tentent de se valoriser avec les performances de leurs athlètes. Les jalousies empoisonnent le milieu. »

Bernard Amsalem reconnaît que les résultats pâtissent des ego. Par ailleurs, il souligne la disparité entre « des athlètes, devenus en dix ans de vrais professionnels et les entraîneurs nationaux, restés des fonctionnaires ». Des sportifs qui, lors des meetings, touchent des primes substantielles et choisissent souvent de suivre les conseils d'un « coach » privé plutôt que ceux d'un entraîneur fédéral. La solution pour mettre fin à ce conflit paralysant ? « La création d'un vrai statut de l'entraîneur professionnel en France, rétorque Bernard Amsalem. Nos structures sont devenues obsolètes. »

Etat vs. Mécénat ?

Auteur de l'ouvrage Le sport de la République (Ed. du Temps), Alain Loret, doyen de l'université du sport de Rouen (Seine-Maritime), enfonce le clou : " A Pékin, l'objectif de 40 médailles sera très difficile à atteindre. Depuis Los Angeles, en 1984, le mouvement olympique se transforme : alors que nous constatons un désengagement grandissant des Etats, la France du sport hésite encore à 'se privatiser'."

Pourquoi ? C'est du côté des administrations que les réticences sont les plus fortes. La communiste Marie-George Buffet, ministre des Sports de 1997 à 2002, craint qu'un « retrait de l'Etat n'aboutisse à des abus regrettables ». Elle réfute « un sport où la performance l'emporterait sur la morale et où le sport d'élite prendrait le pas sur le sport éducatif dispensé dans les clubs et les écoles ». L'argent roi en somme, comme aux JO d'Atlanta en 1996, qui furent avant tout ceux de Coca-Cola. Son successeur au ministère, le chiraquien Jean-François Lamour (double champion olympique et ministre des Sports de 2002 à 2007) est sur la même longueur d'onde. Pour lui, « un contrôle de l'Etat permet de limiter les excès, notamment en matière de dopage ».

« Ce sont des craintes légitimes, admet Alain Loret, mais ces changements peuvent s'accompagner d'un contrôle raisonnable de l'Etat pour éviter les dérives. » Un maintien des « responsabilités de la République » que Bernard Amsalem ne refuse pas, tout en appelant de ses vœux « une autonomie véritable pour le mouvement sportif français (comité olympique et fédérations) et un appel aux structures de mécénat privées pour plus d'efficacité. » Beaucoup dénoncent déjà une récupération, une manière de mettre l'image d'un champion au service de la notoriété d'une marque. Alain Loret rétorque : « Quoiqu'il en soit, il faut que ça change, les pouvoirs publics n'ont plus d'argent à investir dans le sport. A Pékin, on peut encore sauver la face, mais si les responsables du sport français ne réfléchissent pas à l'avenir, on court à la catastrophe aux JO de Londres en 2012. »


Luc Balbont (crédit photo : agence Uma)
Par yg - Publié dans : Contribution au débat - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
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