| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
|
A Pékin, les lève-tôt, bien moins nombreux que les noctambules dans le quartier touristique d'Houhai, sont récompensés par un spectacle rassurant sur la solidité de la nature humaine. Tout autour du lac, bars et boîtes de nuit ont fermé, les néons sont éteints et les sonos muettes. A la surface de l'eau glissent des formes rondes, recouvertes de plastique, dessinant autant de sillons dans l'onde opaque. A la naissance du lac, sous un petit pont, de drôles de choses se déversent dans l'eau, sous une épaisse couche de mousse d'une couleur indéfinissable. A y regarder de plus près, ces formes rondes sont des têtes, coiffées de bonnet en caoutchouc. Un peu plus près encore, et l'on observe qu'elles constituent la partie émergée de corps humains. Chaque matin, été comme hiver, de valeureux Pékinois, hommes et femmes, plongent dans les eaux troubles du lac Houhai pour faire leurs longueurs. Ce sont des habitués, qui discutent sec en s'épongeant. Avant de se sécher, ils observent un précieux rituel, celui du rinçage à l'eau claire, à l'aide de bidons apportés dans leurs affaires. Il y a quelque chose d'héroïque chez ces mordus de la brasse, mais ils n'ont guère le choix : à Pékin, hormis le somptueux Cube d'eau qui a accueilli les épreuves olympiques de sports aquatiques, les piscines n'ont pas été la priorité des nouveaux bâtisseurs. C'est le paradoxe d'une nation qui vient de battre tous les records en remportant 51 médailles d'or, soit 15 de plus que les Etats-Unis. La Chine fabrique des champions, mais ignore les sportifs. Du moins était-ce le cas jusqu'à ces Jeux olympiques. Car avant même que Zhang Yimou ait déclenché le feu d'artifice final de sa mise en scène de clôture, les critiques fusaient déjà. Sur les blogs, dans la presse, parmi les experts, le système sportif chinois est ouvertement remis en question. Ce système consiste à concentrer l'essentiel des efforts sur des athlètes tôt identifiés - dès l'enfance, pour les gymnastes - comme ayant un vrai potentiel de médailles d'or. Enrôlés dans des écoles spécialisées, ils sont coupés des masses, auxquelles leurs prouesses ne profitent guère. Certains, comme Liu Xiang, le champion blessé du 110 m haies, deviennent des idoles nationales, avec sponsors et clubs de fans, mais les hurdlers en herbe n'auront pas pour autant plus de facilités à trouver un stade d'entraînement. D'autres, comme les footballeurs de l'équipe nationale, restent l'éternelle risée de leurs compatriotes, qui n'arrivent pas à comprendre que 1,3 milliard de Chinois ne puissent pas produire un Zidane ou un Ronaldinho. La logique derrière ce système est apparue aussi clairement aux Chinois qu'au reste du monde : la course aux médailles d'or était politique ; elle devait permettre à la Chine d'affirmer son statut de grande puissance sportive au moment où elle accueillait ces Jeux historiques. Mission accomplie. La Chine est passée de 15 médailles d'or aux JO de Los Angeles en 1984 à 51 à ceux de Pékin, y compris dans des disciplines non traditionnelles pour elle : la voile, l'aviron, la natation, la boxe. Parfait. Et maintenant, semblent dire les critiques, si l'on pensait un peu à nous ? Sur Internet, les forums de discussion opposent clairement sport de compétition et sport de masse, voire sports récréatifs. Les internautes soulignent l'insuffisance des infrastructures sportives pour le public, font des comparaisons peu flatteuses entre le temps quotidien que les Chinois consacrent au sport et ce qui se pratique dans le monde développé. Le sport, ce n'est pas seulement des médailles d'or, rappellent-ils, c'est aussi le bien-être, l'esprit d'équipe, la santé, le plaisir. " Plus on gagne de médailles, plus on dépense l'argent du contribuable - qui n'a pas son mot à dire - et plus criantes sont les dettes à l'égard de l'éducation physique et sportive de la société. Quelle fierté y a-t-il à cela ? ", demande un blogueur, Liang Fafu. Autre carence, déplorée dans ces discussions : l'absence d'associations sportives en dehors du dispositif d'Etat, au sein d'une société civile encore balbutiante, qui rend la compétition avec le système tout-Etat impossible. Mais il y a un autre concurrent possible : le marché. Sollicité sur d'autres fronts, notamment sociaux, le gouvernement chinois ne pourra pas continuer à consacrer un budget aussi important à la machine à produire des champions, prédisent certains experts. Il devrait donc ouvrir la porte à différents sponsors, agents, entreprises privées ou associations internationales pour financer l'entretien des stades créés pour les JO et le fonctionnement d'activités sportives. Divers commentaires officiels récents admettent la nécessité d'ouvrir davantage le sport au public. On attendait l'esprit post-JO sur l'ouverture politique ou sur les droits de l'homme : pour autant qu'on puisse en juger à court terme, il va falloir être patient. Pour les droits du sportif, en revanche, cela ira peut-être plus vite. Il faut un début à tout. Sylvie Kauffmann |