| Novembre 2009 | ||||||||||
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Tandis que sur l’esplanade herbeuse bordant l’avenue Louis-Aragon des gamins s’initient au saut à la perche, sous le chapiteau de la FSGT, devant un public averti de profs et d’élus, l’universitaire rouennais Alain Loret sort les avirons pour défendre son idée de « privatisation du sport de haut niveau afin de consacrer les moyens de l’État au sport pour tous ». Une proposition qui fait battre, aux autres participants à ce débat sur le sport français, animé par Frédéric Sugnot, de l’Humanité, des records de saut sur chaise. Certes, comme le souligne Lydia Viana-Martins, membre de la direction nationale de la FSGT, « l’État abandonne les clubs et la population et le gouvernement met en danger le sport scolaire ». Les militants du sport travailliste font d’ailleurs signer depuis juillet une pétition protestant contre ce désengagement. Certes, comme l’indique Daniel Gilles, vice-président du conseil régional de Bretagne, le maigre budget (0,28 % du total) que l’État consacre au mouvement sportif est géré par « l’improbable attelage Bachelot-Laporte », et ce sont finalement les collectivités locales qui pour les trois quarts des subventions font vivre le sport dans le pays. Certes, comme y insiste Bernard Amsalem le président de la FFA, « l’État exerce une tutelle tatillonne sur les fédés et l’on va avec la RGPP (révision générale des politiques publiques) vers un possible démantèlement du système sportif ». Mais faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain avant de livrer au privé baignoire et jacuzzi ?
Un constat s’impose : l’organisation du sport en France mise en place au début de la Ve République après l’échec tricolore aux JO de Rome est « obsolète », comme le dit Bernard Amsalem qui dans le même temps s’élève contre « la dictature de la médaille ». Alain Loret, à propos justement des 40 breloques obtenues par les Français à Pékin, s’indigne de l’instrumentalisation de ce record historique par le gouvernement « au détriment de la promotion d’un vrai service public de l’activité sportive ». « D’accord », appuient Bernard Amsalem et Lydia Viana-Martins, qui se prononcent, en conséquence, contre une privatisation du haut niveau, qui laisserait forcément de côté des « petits » sports, et pour une complète remise à plat du système, un « Grenelle du sport » qui prendrait en compte les fantastiques évolutions de la société française vis-à-vis de la pratique sportive. Comme le précise à ce propos Alain Loret, « si 15 millions de Français sont licenciés en club, 25 millions sont des pratiquants - sauvages, exclus du service - public ». Le sport est bien le miroir de la société. Mais, comme le dit en guise de conclusion provisoire Daniel Gilles, « en tant que communiste je ne suis pas pour critiquer le miroir mais pour changer la société ».
Philippe Jérôme