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Jeudi 19 février 2009
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Alain Loret est un électron libre dans le monde du sport qui dit ce qu'il pense et pense ce qu'il dit. Le directeur de la faculté des sciences du sport et de l'éducation physique de Rouen n'est pas du genre à ralentir sa course lorsqu'il s'agit d'évoquer le sport d'aujourd'hui et surtout de demain. Avec un constat : « La France régresse au niveau international ».

Entretien. A l'échelle nationale, la faculté de Rouen occupe la première place en termes de résultats sportifs depuis trois ans, comment expliquez-vous cette réussite ?

Alain Loret : « La faculté compte 7.000 personnes et 55 activités différentes. Par ailleurs, l'association sportive s'appuie sur 80 athlètes de haut niveau qui pratiquent dans les disciplines olympiques. Ils nous apportent donc de bons résultats. Il s'agit aussi d'un travail d'équipe récompensé par ce classement dont on ne parle pas assez. »
Comment jugez-vous le sport aujourd'hui ?
« Il se découpe selon moi en deux parties : le sport qui se regarde et le sport qui se pratique. On s'aperçoit qu'il y a aujourd'hui en France 15 millions de licenciés, pratiquants en club et 26 millions de sportifs qui ne sont pas licenciés et qui préfèrent la pratique à la compétition. Il faut donc faire évoluer le service public pour trouver des offres de services qui correspondent aux demandes. C'est difficile aujourd'hui. »
Pourquoi est-ce si difficile ?
« C'est une question d'orientation. Aujourd'hui, on préfère concentrer ses efforts sur le sport qui se regarde plutôt que sur celui qui se pratique. C'est encore plus vrai depuis l'arrivée de Bernard Laporte au gouvernement. Le sport en France est géré, pas managé. Un gérant compte ses sous et ses médailles. Depuis 25 ans, le sport a muté mais cette mutation n'a pas été prise en compte par le mouvement sportif. Il faudrait vraiment entrer dans le sport du XXIe siècle, pas reproduire celui du XXe siècle. Ce ne sera possible que si on réfléchit à deux décennies. Il faudrait mutualiser les moyens aussi car un club qui compte 120 licenciés ne peut pas se permettre d'avoir une grosse structure pour fonctionner. Dans ce cas, l'Etat est seul décideur. »
Comment est-ce possible ?

« Si le mouvement sportif ne se reprend pas en main, rien ne bougera. La réussite du handball français est l'arbre qui cache la forêt car la France régresse au niveau international. En ski, la France est septième nation, ce qui n'est pas terrible pour un pays de ski. On est éliminé de la Fed Cup. Ce décrochage général va s'accentuer. Au JO d'Atlanta (1996), la France avait terminé en 5e position, à Sydney (2000) 6e, à Athènes (2004) 7e et à Pékin 10e. A Londres en 2012, on se battra avec la Biélorussie pour la 11e ou la 12e place ! »
Faut-il tout revoir pour améliorer les performances des sportifs français ?
« En France, le modèle d'organisation date des années 50, il s'appuyait sur ce que faisaient l'Allemagne de l'Est et Cuba. Aujourd'hui, le sport olympique français est militaire. Seuls deux pays fonctionnent de la même manière : Cuba et la Corée du Nord. »
Un changement peut-il intervenir ?

« Il y a une telle langue de bois par rapport aux résultats de l'équipe de France. On l'a bien vu avec les championnats du monde de ski où on était très content d'être deuxième. Bernard Laporte nous laisse croire que même les défaites sont jolies. C'est ce que j'appelle le retour du syndrome Poulidor. »
Le sport va-t-il connaître un big bang ?
« Le big bang est derrière nous. Il a eu lieu il y a vingt-cinq ans avec l'apparition de nouvelles technologies et de nouvelles techniques sportives. Beaucoup de sports sont apparus, de nouvelles marques aussi. Le sport va continuer à évoluer. Il faut désormais réfléchir au sport des années 2030-2040. C'est la problématique aujourd'hui des élus locaux, qui doivent décider de la construction de structures sportives qui doivent rester rentables sportivement alors qu'ils n'ont pas de vision aussi lointaine. Cette évolution pourrait aussi toucher les grands événements comme les jeux Olympiques. A plus ou moins longue échéance et compte tenu de la menace terroriste, on pourrait imaginer des JO virtuels avec une technologie qui existe aujourd'hui au stade de prototype et qui effacerait bon nombre de difficultés. »

Propos recueillis par Richard Avenel
« Le handball est l'arbre qui cache la forêt »
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